Splendeurs et misères du DJing : l'attirail marketing, et après ?

Vers le milieu des années 2000, les illusions perdues des années rave françaises ont fini de s’avachir quelque part entre la boue des free parties et le gloss de la techno minimale. Résultat : le salut du peuple festif est venu de l’étranger. Ses festivals, ses dancefloors souriants, ses mythes, son folklore. Et en 2011, tout le monde en France, de la moindre association au moindre adjoint au maire (enfin presque), admet le besoin de renverser la vapeur et de rendre à notre scène techno la place, euh… qu’on rêve depuis longtemps qu’elle doit avoir. Au milieu de tout cela : les DJ, qui détiennent une des solutions au problème.

 
 
 

Le marketing sera-t-il le sauveur des DJ ?

Tout à l’énergie c’est bien, mais pour construire, structurer c’est mieux. Car ça permet à tous les acteurs d’un écosystème culturel de se projeter et de soutenir ses rêves par de sains calculs de gestion. Donner corps aux idéaux n’est jamais mieux possible que lorsque les budgets investis par les organisateurs survivent à un évènement. Or, en France, chaque acteur associatif peut raconter cette scène de fin de soirée, lorsqu’il faut payer tout le monde, que la caisse ne suffit pas et que le distributeur de carte bleue débite en fines tranches des espoirs encore vifs quelques heures auparavant.

Il fallait que cette malédiction française prît fin, et en réponse, certains autres maillons de la chaîne festive ont voulu apporter leur pierre à l’édifice.

Magicien du fader

Si, côté DJ, ceux des DJ des années 90 étaient évalués avant tout par leur capacité à répandre le vaudou sur le dancefloor, fidèles en cela à la tradition du DJ shaman, ceux des années 2000 on dû faire preuve de leur rentabilité. Magicien du fader, peut-être, mais bankable : obligé. Il a fallu trouver la formule de la pierre philosophale du DJ : comment être perçu par les organisateurs comme un aimant-à-foules ? Se sont agglomérées des couches de réponses successives aboutissant au mille-feuille actuel du DJ carriériste, qui s’acharne à courir après une chimère : avoir le même statut que les indétrônables, qui occupent tous les plateaux – souvent à juste titre. Les grands requins blancs de la techno : les DJ des années 90.

L’apprenti-DJ d’aujourd’hui doit d’abord être un cumulard.

Donc, l’apprenti-DJ d’aujourd’hui doit d’abord être un cumulard. Voici une addition des logiques du pire dans la course au succès que certaines stars en devenir peuvent pratiquer :

-          Le mix vite fait à coups de Traktor.

-          La production vite fait à coup de bout-à-bout de presets et de sons certifiés « Garantie 100% Tube ».

-          La promotion vite fait côté social media et chaîne YouTube dédiée.

-          L’agence de booking vite fait, worldwide si si j’te jure.

-          La marque partenaire vite fait, le cousin vient de lancer sa marque de fringues pour les bogoss.

Dès qu'il peut se tenir assis, le bébé occidental est affublé de la panoplie du DJ star. Ses parents espèrent que quand il sera grand, il fera David Guetta.

Bref, le syndrome David Guetta vite fait est avéré. Cela relève d’un empilement de trucs et tics marketing de l’offre souvent mal digérés, mal recrachés. Attention, ici n’est pas fait le procès des justes ambitions, mais celui du « faire comme » pour « être comme ».

Au fait, quid du « faire pour » ? En 2011 en France, quel marketing des DJ pour quel public ?

Les DJ seront plus faciles à promouvoir (qu’ils assurent eux-mêmes ce travail, ou grâce à un intermédiaire) lorsque la France festive s’aimera un peu plus. Et il faudrait pour cela qu’elle se connaisse un peu plus. Car il faut se souvenir qu’il y a 20 ans, lors de la percée de la techno, celle-ci a revêtu en France un aspect magique, ayant l’air encore plus qu’ailleurs sortie de nulle part. OK, ça renforçait son charme cosmique. L’envie forcenée de voir dans cette musique uniquement de la magie sans précédent a soutenu plus longtemps qu’ailleurs des utopies qui se sont vautrées d’autant plus haut.

La techno, musique futuriste, s’est pérennisée là où elle a pu le mieux s’ancrer dans une tradition musicale et/ou festive locale, traduite en ferveur magique.

Car toute merveilleuse qu’elle fût, la gloire de la techno des débuts était très ancrée dans des traditions musicales et culturelles préexistantes. Dans tous les pays où elle s’est développée en tant que culture et secteur économique, la techno est une expression idiomatique, rattaché à un folklore local (ce terme étant dégagé de toute connotation péjorative). Autrement dit, la techno, musique futuriste, s’est pérennisée là où elle a pu le mieux s’ancrer dans une tradition musicale et/ou festive locale, traduite en ferveur magique. Et côté France : quelle tradition trouve-t-on ?

Aujourd'hui, la jeunesse de notre pays peut compter sur ses traditions festives pour s'amuser un brin. Ambiance de folie garantie.

Celle de l’art administratif ou de l’art maudit. Il était dit que la techno dut être un art biberonné aux subventions pour avoir le droit d’exister dans un cadre économique et juridique artificiellement créé, détaché de toute réalité culturelle. Ou alors il fallait que la rave française existât grâce à des associations souvent financées par les revenus de ses membres. Point de salut pour des acteurs privés.

Fi des modèles étrangers

Là où les plus élémentaires logiques de rentabilité d’un évènement échouent sur la plage de la rareté de lieux trop chers combinée à d’intenables règlementations, il est compréhensible que les tentatives des DJ pour construire un parcours durable échouassent également. Sachant que, paradoxe suprême dans notre pays de règlements, décrets, lois en veux-tu en voilà : le DJ n’a pas de statut légal. Interdit du statut d’auto-entrepreneur, il vacille entre intermittent du spectacle et facturation à l’acte. Difficile quand on sait ce que cela induit comme conséquences fiscales pour les organisateurs.

Courage et tenacité, collègue DJ : un jour bientôt, tu te produiras sur une scène comme celle-là dans la région à côté de la tienne.

Nous y voilà : l’attirail marketing des DJ prendra un sens et produira du résultat lorsqu’émergera une possibilité de rentabilité à long terme pour des acteurs évènementiels privés. Et alors, fi des modèles étrangers mal plaqués sur cette France festive qui ferait bien de se souvenir de la force de ses cultures et réseaux régionaux pour enfin connaître une dynamique nationale vertueuse.

DJ de toutes les régions : unissez-vous !

Il est peut-être là, ce particularisme folklorique français sur lequel baser la pertinence d’un marketing des DJ : un régionalisme fort, chaînon manquant entre l’ultra-local atomisé et le national ponctuel.

DJ de toutes les régions : unissez-vous !

Dans la techno, tout vient du dancefloor.

Crédit photos : plantoo47, Raul Villaran, Sylvain Elies, Drabik Pany

Interview de The Massacre (Terrornoize Industry) : "Nous avons besoin d’un recrutement en bonne et due forme de fêtards dans notre scène underground".

Vous pensez que le hardcore a été réduit à un énorme kick distordu déroulé le long de tracks de 5 minutes ? Ne soyez pas désespéré… Le hardcore, ici décrit comme la plus puissante forme de techno, est affaire d’énergie déployée dans des pièces sombres, pendant des rassemblements underground de public underground. Est-ce que cette vision est négative ? Elle est réaliste, plutôt. Souvenez-vous de la voie tracée par des artistes comme D.O.A, Delta 9 ou Drokz. Il est possible de faire coïncider une vision underground et une foi tenace en une forme d’art extrême. C’est pourquoi quelqu’un comme Casa, fondateur du label suisse Terrornoize Industry et connu sous le nom The Massacre, construit de nos jours un parcours passionné dans la musique, guidé par ce que nous appellerions un rêve lucide. Si vous voulez le succès dans les stades, alors jouez de la musique de stade, et comprenez que le hardcore reste hardcore. Parce que de toutes façons le hardcore ne mourra jamais. Et Casa est l’un de ceux qui savent pourquoi. 

(Merci à Igloo pour la traduction de cette interview).

Casa aka The Massacre, fondateur de Terrornoize Industry (Zürich, CH)

Casa, comment es-tu devenu “The Massacre” ? Quels sont les éléments fondamentaux de ton chemin artistique ?

Ca m’est venu il y a 10 ans. J’ai toujours été fasciné par les personnes derrière les platines. Ce qu’ils font avec leur équipement et leurs mains est immortel ! Il y a des années j’ai décidé de commencer à mixer, j’ai acheté petit à petit le matériel et créé mon propre label. Un autre DJ à la con était né. Lorsque j’ai obtenu mes premières MKII j’étais le gars le plus heureux du monde et je n’ai pas quitté ma chambre pendant 48h.

Quelle musique jouais-tu à l’époque? Tu as commencé par le Terror et le Speedcore ?

Je me souviens d’aller chez un disquaire de Zurich chaque semaine avec mon ami pendant les années 90. Je parlais aux gens et me détendais là-bas. Un jour j’ai découvert des groupes comme D.O.A, Nasenbluten, Laurent Hô etc. Je me suis dit : “Putain de merde. Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Ce son est incroyable ! Une explosion ! Je dois acheter ce machin !” Tu sais, j’aime tout particulièrement les cris, les chants et la guitare mélangés avec des bpms élevés. Cette musique était parfaite et les portes d’un nouveau monde s’ouvraient.

Des groupes underground très talentueux

Tu as une influence métal très forte. Peux-tu nous dire ce que tu aimes dans le métal ?

Ouais, je suis complètement dingue du Death Metal et du Technical Brutal Death. Je vais 1 à 2 fois par semaine à un concert de metal avec mon ami Cut A Kaos. Je prends autant de plaisir à regarder les groupes locaux peu connus que les groupes établis. Parfois tu tombes sur des petits groupes très talentueux qui déboîtent plus que la tête d’affiche. J’adore découvrir de la nouvelle musique. Mes groupes préférés sont Kataklysm, Fleshgod Apocalypse, Behemoth, Belphegor ou Aborted.

Ne penses tu pas que la techno hardcore, en dehors de TNI, a perdu sa connection avec le metal ? Contrairement aux années 90 où l’on pouvait entendre des guitares métal dans chaque chanson…

Malheureusement oui. La nouvelle génération veut juste entendre un kick bien puissant. C’est tout. La scène hardcore a quelques producteurs comme Tense, Bonehead, Nevermind ou Drokz qui travaillent toujours avec des guitares. D’un côté ça me rend triste de voir la musique que je préfère mourir lentement. Mais je me battrais jusqu’à la mort avec deux guitares dans les mains !

La nouvelle génération veut juste entendre un kick bien puissant

A propos de ce “kick puissant”, c’est vrai mais ça fait plus de 5 ans que le hardcore en général (même le maintream) se focalise intégralement sur le kick. Penses-tu que les sons terror peuvent être une source d’inspiration pour le hardcore, pour qu’il évolue encore et devienne autre chose qu’une musique entièrement centrée sur le kick ?

C’est sûr. Chaque style musical a sa propre mécanique, sa propre structure. Des éléments musicaux où tu reconnais directement ce que c’est. Les producteurs de Terror sont obligés de travailler avec plus de variations à cause de la vélocité du track, sinon ça sonne trop monotone. Avec une piste bien produite de Terror tu peux facilement faire 2-3 chansons de Mainstyle ou 4 de Techno. Ces styles ont moins d’éléments musicaux. La science dit qu’un cerveau “normal” ne peut pas appréhender plus de 4 éléments à la fois. C’est pour ça que la musique grand public est si simple. Pas parce que les producteurs sont nuls ou ne savent pas ce qu’ils font. De la musique simple produite pour les cadres dirigeants ou la femme de ménage d’à côté = populaire = argent. Un bon kick c’est 50% du succès du track.

Quand l'énergie de la musique amène les corps à être humides...

En tant qu’artiste, directeur de label et fan de musique, tu en écoutes beaucoup en provenance de partout. Quelles sont les prochaines tendances pour la musique dure dans les années qui viennent? Est-ce qu’elle va évoluer ou bien restera-t-elle entièrement basée sur le kick comme maintenant ?

Je pense et dis probablement quelque chose maintenant que beaucoup pensent mais ne diraient pas en public. Notre scène a la méthode parfaite pour s’autodétruire. La future musique ne changera pas grand-chose à ça. Regarde le Mainstyle ou le Frenchcore par exemple. Tous les tracks ont deux ou trois kicks identiques. Tout le monde copie les quelques producteurs de renom. Ce manque de prise de risque des producteurs allié à la mentalité de consommateurs « Je ne veux pas payer pour de la musique. Je peux la télécharger gratuitement partout ». La fatalité, la puérilité et la monotonie incarnées. La mort.

Nous ne pouvons pas réinventer la musique. Nous pouvons juste la faire sonner différemment.

L’histoire musicale a tous les éléments, restructurés et remixés. Nous ne pouvons pas réinventer la musique. Nous pouvons juste la faire sonner différemment. La musique devient de plus en plus ennuyeuse. Les gens ne veulent pas payer pour. Où les gens pensent-ils que finissent les revenus de notre petit milieu ? Dans les voitures et les maisons ? Qu’ils se réveillent, les artistes ont besoin de nouveaux logiciels, de nouveaux matériels. Mais certain d’entre eux ne sont pas mieux. Ils utilisent beaucoup de logiciels piratés aussi. Même les soi-disant superstars. Et c’est toujours horrible de voir que les gens sont prêts à payer pour la drogue et pas pour deux euros de plus à l’entrée.

Penses-tu à jouer live avec un ou deux guitaristes?

Ce serait mortel de jouer avec deux guitaristes. J’avais différents projets avec deux guitaristes différents mais nous avons dû tout arrêter. Les gars avaient trop à faire avec leurs groupes. Je recherche toujours de nouveaux guitaristes mais ce n’est pas facile de trouver quelqu’un en Suisse. Les fans de métal n’ont généralement rien à foutre de la musique électronique. J’ai fait quelques soirées dans le passé où nous avions des groupes de métal et des DJ sur la même affiche. Ca changeait tout le temps de style musical. Ca a été un succès. Mais il est difficile de trouver des boites (pas chères) qui ont l’expérience des concerts de métal et l’équipement nécessaire.

La Russie monte.

Tu tournes beaucoup au niveau mondial. Où est-ce que les gens aiment le plus ta musique ?

J’ai joué deux fois en Russie et c’est là-bas qu’ils sont le plus dingue. La Russie est un marché musical en développement et les gens n’ont pas beaucoup d’argent pour vivre. La musique les aide beaucoup et ça leur permet de s’échapper de leur vie vraiment merdique pendant quelques minutes. Le gouvernement russe est encore très restrictif pour les visas des gens qui veulent sortir de Russie. Les gens ne veulent donc pas manquer un spectacle et en profitent au maximum.

Le Hardcore/Terror/Speedcore est principalement une scène européenne n’est ce pas? Dans quel pays, continent ça va se développer, à en juger par ton expérience ?

Comme je l’ai dis, la Russie monte. Je sais que l’Amérique du Sud et du Nord, l’Australie ou l’Asie ont une petite scène underground mais ça se tasse aussi ou reste stable. L’Europe est toujours dominée par la Hollande. Hollande, Hollande, Hollande. Les gens croient en la Hollande et essaient d’en être une copie appauvrie. Le problème (« problème » est probablement le mauvais mot) est que le fan typique de musique underground a un petit budget. La foule aime être « underground », c’est-à-dire avoir une petite scène festive et haïr tous types d’attitudes commerciales. La musique électronique la plus rapide est trop particulière pour être capable de se répandre mondialement. Pour quelques mordus, vendre des vinyles est déjà trop commercial. Ce n’est pas toujours facile de trouver le bon équilibre « non commercial ». Mais eh ! N’aime- t-on pas les gens différents complètement dingues, tatoués sur tout le corps ou les femmes percées, les petites fêtes dans des endroits crades ou une pièce pleine de fumées et de strobos ? C’est ce que nous sommes. Personne ne peut nous le prendre !

Nous avons besoin d’un recrutement en bonne et due forme de fêtards dans notre scène underground.

Est-ce que ça veut dire alors que notre scène a atteint son apogée et qu’elle ne va aller qu’en diminuant ?

Chaque mouvement a ses hauts et ses bas. C’est dur de définir le plus haut ou le plus bas niveau de la vague. Pour assurer le futur nous avons besoin d’un recrutement en bonne et due forme de fêtards dans notre scène underground. Honnêtement, l’énorme proportion de Terror et de Speedcore aux Pays-Bas il y a quelques années était totalement merdique. C’était logique que ça se casse la gueule. Trop de choses se sont mal déroulés là-bas. Trop de jalousie. Trop d’amateurisme. Trop de racisme. Trop de haine contre les autres styles de musiques. Trop d’attitudes de gamins. Ok, les Pays-Bas avaient beaucoup de bons côtés aussi, c’est sûr ! Mais ce n’était qu’une question de temps avant que la bulle n’explose. Comme tout mouvement à la mode. Une fois un gars a dit, j’aime beaucoup :
« Le Hardcore n’est pas un truc de rock star à la con. Fuck. Il n’a jamais été question d’être le meilleur ou de se faire de l’argent. Ca concerne l’amitié, l’honnêteté, l’engagement et la recherché acharnée de la justice dans ce monde bancal. » Dit simplement. Les mots justes. C’est tout.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=TYPWneYqhr8[/youtube]

Peux-tu nous décrire la scène Hardcore/Terror Suisse?

La scène Terror suisse descend à nouveau. Maintenant, quand tu as une soirée avec 300 personnes, tu appelles ça un gros succès. Les plus âgés ne viennent plus aux soirées et il nous manque une nouvelle génération. C’est un désavantage pour les scènes locales underground. Le recrutement de soldats est difficile et limité. Notre scène a besoin de plus de nouveaux soldats. Je devrais vendre mon âme au diable pour un meilleur futur.

La méthode marketing la plus efficace

Qui est responsable de cette situation? Le hardcore mainstream ? Quelles solutions peuvent être trouvées ?

Je pense que tous ceux impliqués dans notre mouvement musical contribuent et sont tenus d’assurer la croissance d’une nouvelle génération à leur façon. Les producteurs créent de la nouvelle musique, les distributeurs la répandent, les DJ la jouent au public, les promoteurs amènent de nouveaux DJ dans de nouveaux endroits. Mais le public des soirées a la méthode marketing la plus efficace : le bouche à oreille. Croise les doigts pour qu’un nouveau soldat ait encore été recruté par un ami aujourd’hui.

Quelles sont tes 5 tracks Hardcore préférés de tous les temps ? Il y en a tant à évoquer. Les premiers tracks qui me viennent à l’esprit sont : Noize Creator – “New York, New York” (Brutal Chud 3) / Sonic Overkill – “I’ll Be Watching You Die” (Speedcore Rec 1) / Micron – The Eye Of Hell (Perdition 3) / Drokz, Tails & Akira – “Old School Noise” (Cunt Rec 3) / Delta 9 – “Hardcore Chicago” (Drop Bass Network 10)

Quels sont tes 5 albums préférés (quelque soit le genre musical) de tous les temps ? Idem. On y va. Il n’y a pas une seule chanson que je n’aime pas sur chaque album. Municipal Waste – “Hazardous Mutation” / Tous les albums de System Of A Down / Cataract – “With Triumph Comes Loss” / The Speed Freak – “Cycore Megamix I” / Jovanotti – “Lorenzo 1992″

Tu sors encore de nombreux vinyles avec ton label TNI. Est-ce que tu te sens comme si tu étais dans la peau du dernier résistant ? Comment arrives tu à sortir tous ces vinyles, alors que de nombreux labels ont des difficultés ?

Je suis heureux de dire qu’ « on vend toujours des vinyles » ces temps ci. Les personnes dans l’underground Terror/Speedcore sont plus dévouées à leur scène que les fans de mainstream. C’est principalement des collectionneurs, des dingues de vinyles à fond dans la musique. Ils ne sont pas motivés par la mode et ne changent pas leurs comportements tous les 6 mois… TNI est très heureux de tout le soutien qu’on nous apporte. Les fanas de musique savent que nous faisons de la musique pour eux et que nous ne survivons que si ils continuent de croire en nous.

TNI est très heureux de tout le soutien qu’on nous apporte.

Comment fais tu, en tant que directeur de label, pour avoir ce soutien de la base ? Quelle est ta recette ?

Et bien y’a rien de magique là-dedans. Les gens recherchent la vérité. Ils veulent pouvoir s’identifier au label. A la musique. A la philosophie. A de profondes convictions. Tu sais, quand je joue en soirée, je rencontre toujours des gens qui m’offrent un verre, veulent prendre une photo ou juste te parler. Les gens sont curieux de ta personne. Je n’oublie pas que j’étais l’une des raisons pour lesquelles les gens sont venus à la soirée et ils méritent d’avoir droit à un minimum d’attention. J’aime une interaction facile et honnête entre musicien et fêtards. Le mieux, c’est probablement lorsque les gens peuvent dire après coup : « oh, le patron de TNI n’a pas la grosse tête. Il avait l’air cool. C’était marrant et sympa de lui parler… ». J’essaie aussi d’être différent avec TNI. Je déteste être une pâle copie de 1000 autres labels.

Tu as un soutien des fans très fort, mais qu’en est-il pour les autres labels? Et le système en général ? Qu’est-ce que tu penses du digital et de ses conséquences sur tout le système des soirées ?

Je ne sais pas comment les autres labels gèrent leurs fans. Chacun a sa propre méthode et philosophie pour le faire. Pour nous c’est important d’être différent, de monter une marque, de se concentrer sur la musique électronique et le métal, de donner aux nouveaux arrivants ou producteurs suisses une chance aussi… et il y a quelque chose d’important que les gens oublient toujours : NOUS NE SOMMES PAS SEULEMENT UN LABEL SPEEDCORE. Ecoutez les sorties depuis le début.

On était putain de content de chaque CD ou vinyle acheté.

Je n’aime pas la direction où nous mène le digital. La nouvelle génération n’a plus de connaissance sur l’histoire de la musique. Quelqu’un doit leur apprendre. Les nouveaux utilisateurs d’Internet sont capables de télécharger (illégalement) 30 ans d’histoire musicale en 30 secondes. Ma génération devait aller chaque samedi chez le disquaire et passer des heures à chercher une bonne chanson, comme un archéologue. On était putain de content de chaque CD ou vinyle acheté. On l’écoutait tous les jours. Pendant des mois. On pouvait pas s’arrêter. C’était comme une drogue. Les plus jeunes n’ont plus la même relation avec la musique. Nous vivons dans une société de consommation où la musique se consomme maintenant. C’est tout. Le message, le ressenti, les cibles, la reconnaissance ou la gratitude pour un musicien, le culte d’une chanson… Tout a quasiment disparu. La nouvelle génération ne va plus autant en soirée parce qu’ils sont saturés d’Ipod ou de téléchargements. Qu’est ce qu’ils iraient foutre en soirée, ils ont déjà la discographie digitale complète… Bien évidemment il reste quelques soldats qui portent notre étendard, mais la masse agit différemment. Malheureusement.

Toujours les mêmes têtes d’affiche

C’est donc sans espoir que d’essayer de ramener un peu d’intérêt pour les artistes (qu’ils soient producteurs et/ou DJ)? Est-ce que notre musique est une musique de vieux?

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les (jeunes) gens ne viennent plus aux soirées. Saturation musicale, moins d’argent, le bas âge de la foule, les problèmes de drogue, un changement de style musical, la mauvaise infrastructure de la boîte, un lieu trop éloigné etc etc… De mon point de vue, je déteste la nouvelle mentalité des boîtes qui autorisent l’entrée à partir de 16 ans. J’ai 32 ans, passer la nuit avec des gamins ? Allons, je pourrais être leur père ! Sans façons. C’est une sorte de barrière qui ne m’incite pas à aller plus souvent en soirée. Une autre raison est l’uniformité des line-ups de boîtes. Personne ne prend de risques. Vous avez toujours les mêmes têtes d’affiche. Malheureusement les fêtards ont tant de choix chaque week-end qu’ils ne vont pas aux soirées où ils ne connaissent pas les artistes. C’est une sorte de schizophrénie. Je ne connais pas le musicien il est donc automatiquement mauvais. Les gens oublient que l’art, la musique et la culture sont un truc local. Nous devrions plus supporter les nouvelles générations, le voisinage, les musiciens inconnus. Les soirées apportent aussi de la nouvelle musique à votre quartier. Les artistes internationaux sont automatiquement meilleurs. Il y a trop de focalisation sur le maintream. Même dans le Speedcore. Ca craint.

Comme on peut le voir grâce au t-shirt, le Metal n'est jamais très loin de The Massacre.

Que peux tu annoncer pour les mois à venir pour TNI ? Au niveau sorties et soirées ?

En 2011 TNI fera partie d’un nouveau service de téléchargement MP3 indépendant. Les précisions seront apportées plus tard. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne va pas s’arrêter de presser des vinyles en 2011 ! On a quelques projets dans les tuyaux avec Dj Producer, deux EP de Passenger of Shit et moi-même. Un nouveau double cd mixé par Speedfreak et Akira. En janvier je commence aussi une nouvelle société de mastering à laquelle participeront Dj Hidden, Dj Tense et Speedfreak. On fait du mastering à des tarifs et services raisonnables pour tous types de musique électronique.

Vieux Gabba

Quelle est la différence entre le Hardcore, la Terror et le Speedcore ? Est-ce seulement une question de vitesse ?

On va faire ça simple, parce qu’à l’intérieur du style musical Hardcore/Terror/Speedcore il y a aussi beaucoup de sous-genres. Le Hardcore est plus lent, très mélodique et mièvre. Pour moi le Terror est identique au vieux Gabba (je ne sais pas pourquoi ils ont changé le nom. Ca vient probablement des Pays-Bas). C’est rapide, plus intensif sur les paroles et il y a souvent des guitares. Le Speedcore, c’est tout ce qui est au dessus de 280bpm. L’extratone, le splitter et toutes ces autres dénominations bizarres n’existent pas pour moi. Je déteste créer un nouveau nom de style pour chaque chanson sur cette planète.

Tu es un grand fan de tatouage. Quel genre de style aimes-tu et quel genre as-tu sur ton corps ? Finiras-tu par te couvrir toute la peau ?

Je suis totalement accro d’un tatoueur de Genève. J’adore son travail. Il travaille proprement, sans danger et de manière professionnelle. Je fais confiance à mon tatoueur comme à un médecin. C’est très personnel et important pour moi d’avoir une totale amitié au-delà des affaires. Mon bras gauche tout entier est biomécanique. Le bras droit est organique. J’aime le mélange. En 2011 je commencerais à me faire tatouer les deux jambes. Il y a un gars timbré en Allemagne encore meilleur que celui de Genève ! On verra ce qui se passera quand mes jambes sont terminées. Je suis si accro à la douleur, au style – c’est dingue ! Je ne peux plus m’arrêter. Entre 4 yeux mon ami, les filles non tatouées sont putain d’hideuses !

Les filles non tatouées sont putain d’hideuses !

Les films d’horreur ont une forte influence sur le Hardcore/Terror/Speedcore. Selon toi, quels sont les 3 films qui ont eu la plus forte influence et pourquoi ?

Oh la la [en riant] ! Spontanément je ne sais pas. Probablement « Halloween », « Nightmare on Elm Street » ou « Hellraiser ». Mais je peux me tromper. Il y a tant de films que je pourrais citer. Le fait est que les producteurs de notre scène sont intéressés par les films d’horreur. Des goûts musicaux extrêmes, des goûts cinématographiques extrêmes. Ce n’est pas si difficile à comprendre. Ca va de pair. Ils ont copié les samples ou les mélodies des films et les ont insérés dans leurs tracks.

Quelle est la scène la plus folle que tu ais vu alors que tu jouais en soirée? A propos du comportement des gens ?

Et bien, en tant que fan de splatter et de gore, il n’est pas si facile de me choquer. Hmmm… Probablement cette nuit où je jouais à Zürich. Il y avait ce type bourré, complètement arraché. Il a ouvert son pantalon et a commencé à pisser sur la piste. Il n’avait pas réalisé qu’il n’était pas aux toilettes. Il s’est fait ramasser par les filles aussi. Le jour d’après il m’a écrit un email d’excuses. L’affaire était réglée. Les accidents arrivent.

Petite et décente

Es-tu nostalgique de la vieille époque ?

Tout le monde est nostalgique d’une façon ou d’une autre. J’ai de bons souvenirs aussi. Des moments fantastiques qui étaient parfaits ou des expériences importantes qui changeaient ta vie. Mais le passé est le passé et tout le monde devrait regarder vers l’avant. Les lamentations sont pour les faibles. Je crée mon propre bonheur.

Es tu optimiste quant au futur de notre scène ?

Oui je le suis. Notre scène était trop grosse, trop amateur. Ca se calme et toutes les conneries disparaissent enfin ; des gens, des labels, des promoteurs, des producteurs ou des fêtards. J’en suis content. Personne ne les regrettera. Une scène underground doit être petite et décente. Ok, les fêtes pour 10 000 personnes ont un système sonore atomique et des spectacles lumières magiques. Je m’en branle. 1000 personnes dans une pièce exigüe, ça me rend nerveux de toutes façons.

Qu'est-ce que le hardcore… pour vous ?

La techno hardcore a 20 ans et le temps qui passe n’altère pas la puissance de la plus énergique des musiques dancefloor. Sa capacité à concilier les sonorités expérimentales et les formats populaires garantit son intérêt renouvelé aux oreilles du public. Qui lui, par contre, traverse souvent un peu vite les cathédrales éphémères de kicks distordus rythmant de jouissives célébrations collectives.    

Car peut-être est-ce l’une des conséquences de l’intensité de cette musique : seule une faible proportion du public demeure fidèle plus de deux ou trois ans (par rapport à d’autres genres musicaux). A cela s’ajoute une atomisation des medias spécialisés – généralement des forums, souvent eux-mêmes encapsulés dans des sites agendas, et une quasi-totale absence de représentation dans des medias culturels à plus large audience. Nous y voilà : la mémoire du hardcore est d’abord à la charge des fans, mais aussi à celle de ses agents les plus dévoués : artistes, organisateurs, labels managers… 

Puisque 20 ans après ses débuts, le hardcore provoque toujours les enthousiasmes les plus échevelés. Mais si ceux-ci s’expriment par les mix, les productions, les évènements, ils sont plus rarement replacés dans une perspective historique personnelle.    

Donc, c’est surtout la somme (et son récit) des parcours individuels qui constitue aujourd’hui l’histoire de cette musique. 

D’où les lignes qui suivent, hommage a plusieurs générations de passionnés. Ont été interrogés des artistes, organisateurs, labels managers. Tous ont répondu aux trois mêmes questions, sur le thème « Qu’est-ce que le hardcore, pour vous, hier, aujourd’hui, demain ? ». (Et comme la France en laquelle on croit est ouverte sur le monde, deux invités étrangers se sont prêtés au jeu).   

[NDR : Défilé des réponses par ordre alphabétique des pseudonymes : AK47, Damm, Imperium Bass, Izno, JJ, Klem, Missy Noise, Murmure, Smurf, Tirans From Terrorville, TSX]   

AK47 (Party Uniq)

AK47, pilier de la scène française aux mix toujours dévastateurs.

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

Stop this fucking hardcore and give me some Chicago House – The Angel of Death pray to god he’s not behind you – Pump that Pussy – I’m the fuck You Man – I believe in the power of XTC… le tout dans des hangars avec des murs d’enceintes et des lasers (back in 1992). 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

La musique que j’écoute, que je joue, que je compose et qui rythme ma vie. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Que cette musique soit reconnue, acceptée et diffusée au même titre que les autres musiques électroniques, que les artistes en vivent. Mon parcours : Près de 20 ans d’engagement total pour cette musique à travers des mix, des productions, des soirées, des coups de gueule, etc ! 

DAMM (Cyberkoin)

Damm est une des figures montantes de la scène parisienne.

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

Je me suis d’abord intéressé à d’autres styles de techno. Quand j’ai découvert le hardcore, le mélange entre ces kicks distordus qui « cognent » et rythmiques de folies, c’est ça qui m’a plu, comme un mix parfait ! 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Je pense que je peux dire qu’il représente beaucoup étant donné que je le côtoie tous les jours, que ce soit pour le mixer, le composer ou l’écouter. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Encore plus de monde qui bouge pour le hardcore, pour que des évènements ayant plus d’ampleur soient organisés plus souvent, surtout en France. C’est comme un rêve si un jour on pouvait aller à des évènements similaires à ceux que les hollandais organisent, tout en restant dans notre pays. Pour ce qui est de mon parcours, faire écouter et danser toujours plus de monde sur ma musique tout simplement. 

IMPERIUM BASS (Paris Hardcore Mafia)

Imperium Bass est un duo composé de Vincent et Kris du collectif et label Paris Hardcore Mafia

- Qu’est-ce qui a déclenché votre passion pour le hardcore ?

Les compils hardcore des 90’s avaient quelque chose de spécial par rapport à ce qui ce faisait dans la techno. Le déclic est sûrement dû aux samples de film d’horreur suivi de kicks et de synthés Juno : nous avons été vite accro à ces sons qui correspondaient à nos délires de jeunesse.

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour vous aujourd’hui, dans votre quotidien ?

Pour nous : une religion avec son histoire, ses légendes, une passion devenu très vite un état d’esprit. Pas que dans le style ou la mode, bien au contraire, avec les années on se rend compte que le hardcore n’est pas du tout une question d’apparence, c’est fait pour libérer l’esprit pour le DJ, pour le party people… et les nerfs.

- Quel est votre rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et votre parcours dans le hardcore en particulier ?

Vivre de cette passion évidemment, mais aussi apporter un plus à la scène hardcore française. Faire partie activement de l’évolution en France serait un honneur pour nous. Bien que Imperium Bass soit né en 99, notre parcours reste discret. On est réellement sorti de l’ombre en 2010 lorsque PHM Records a été créé.

IZNO

Izno est un des fiers représentants de la scène nantaise

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

L’incroyable intensité que génère cette musique et son côté fédérateur… 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Un état d’esprit, une thérapie, un exutoire. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Le rêve ultime : un festival dans la lignée des gros festivals Hollandais mais chez nous… et leur prouver qu’en France, on sait aussi taquiner le kick distordu… 

En France, les années 90 ont connu la cohabitation des raves légales et des free parties, puis un joyeux chaos a pris le dessus, rendant très difficile la structuration de la scène au niveau national. Beaucoup d’énergie et peu de professionnalisme : une équation ayant conduit au crash du milieu des années 2000, quand les acteurs historiques des 90’s ont jeté l’éponge. La relève est allée chercher ses modèles autre part, dans le cœur volcanique du hardcore : la Hollande et son industrie de l’entertainment. Qui est un modèle inspirant autant que difficilement importable. 

En 2011 c’est ça la France : des scènes régionalisées toutes très marquées par la free party d’avant, lorgnant sur la Hollande et essayant de trouver leur voie propre. 

JJ (Cyberkoin)

JJ est le Président de l’association parisienne Cyberkoin (label, organisation d’évènements, voyages en bus)

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

Ma passion pour le hardcore a été déclenchée par le hardstyle , style dont je suis toujours plus proche à ce jour. 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Il arrive pas une journée où je ne pense pas au hardcore, pour moi c’est bien plus que de la musique  ça représente également une aventure humaine à travers CyberKoin. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Le rêve ultime c’est de faire un évènement au Parc des Princes, c’est de pouvoir proposer de plus en plus d’évènements important et se hisser au niveau de nos voisins européens. 

KLEM (The Truckdrivers)

Klem est un artiste mais aussi fondateur de Hardcore Concept et Signal-Zero, deux webzines ayant marqué les années 2000

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

Une rave sauvage où je découvre le même soir Liza’N'Eliaz, XMF et Manu le Malin. Le tout prolongé dès le lendemain par une écoute religieuse des émissions hardcore sur les ondes de l’Eko. La plus grosse claque de ma vie. 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Il reste depuis 18 ans la bande son de mon univers. Chaque jour apporte une découverte ou une redécouverte musicale. Ce monde est sans limite et son réservoir sans fond, le hardcore a généré une production musicale dont la quantité m’effraie souvent. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Que le hardcore retrouve sa place sur les dancefloors post-minimale, qu’il se réapproprie les sons rave que la « nu-rave » est en train de massacrer. Quant à moi j’espère continuer à pouvoir en jouer régulièrement, et reprendre la production (avec The Uninvited, ou autre…) 

MISSY NOISE (Kor’Nocif)

Missy Noise prouve que les filles savent manier les gros kicks !

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

Des labels incontournables comme Industrial Strength, Traxtorm, DNA… puis le fait que ce son me fasse vibrer les tripes et me donne envie de crier très fort devant les enceintes. 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

C’est un mode de vie, un état d’esprit, il me faut ma dose de HARDCORE dans une journée pour me défouler et supporter le quotidien de la vie qui des fois m’insupporte. Un petit mix et c’est reparti !!! 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Il est vrai que je n’ai pas eu l’occasion de participer à une grosse soirée donc j’aimerai voir les scènes parisiennes et bien sur… l’étranger. Dommage que se soit toujours les mêmes qui soient bookés. 

MURMURE

Les lives et morceaux de Murmure pulvérisent les frontières entre des genres réputés inconciliables

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

J’ai commencé à en écouter à 14 ans en achetant une cassette de Thunderdome.  Après quelques années à écouter majoritairement de la goa et de la techno je me suis vraiment mis à accrocher sur ce son en 2001 lorsqu’un ami m’a gravé « Biomechanik II » [Un mix mythique de Manu le Malin, NdR]. 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Il me permet de transformer des énergies négatives (colère, tristesse, indignation…) en quelque chose de positif ; faire danser les gens. C’est quelque chose d’indispensable dans ma vie, même si je fais parfois des pauses je reviens toujours au hardcore. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Mon rêve serait de jouer un jour dans un grand évènement hollandais, pour plusieurs milliers de personnes… Le pied ! 

Car la plupart des têtes d’affiche internationales, ainsi que le gros de la production musicale, depuis le milieu des années 2000, sont hollandais. La Hollande et ses particularismes ont structuré en partie la scène française, entraînant ce paradoxe : il est parfois plus facile pour un artiste d’aller jouer en Hollande que dans une autre région française que la sienne. Pas d’intermédiaire entre le circuit local et l’international : le manque d’échelon au niveau national complique le parcours d’artistes qui plus que dans d’autres scènes musicales doivent compter d’abord et avant tout sur leur dévotion, se traduisant notamment en démarche d’organisation d’évènements. 

En France, beaucoup de structures formelles ou pas (sound-systems, collectifs d’artistes, associations) ont d’abord pour raison d’être l’organisation d’évènements dans lesquels leurs fondateurs et membres peuvent se produire. 

SMURF (Geordie Gabba Mafia – GGM) – Angleterre

DJ Smurf, 20 ans de pratique au service du Party Time !

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

J’étais un trainspotter quand j’étais ado, voyageant partout en Angleterre pour voir différentes sortes d’évènements – ça c’était hardcore ! (rires) 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Chaque lundi matin est hardcore pour moi. Se réveiller à 8h du matin et aller travailler pendant 8h30 après un gros week-end à voyager et faire la fête. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

Avoir le plus de gens possible qui tombent et se cassent des os sur le chemin devant ma maison. Et réaliser un film sur le hardcore avec Kylie Minogue, Jennifer Lopez, Jennifer Aniston, Susan Boyle et Keith Lemon. Wouaaaah ! 

In english for our beloved english-speaking readers :

- How did your passion for hardcore start ?

I used to be a trainspotter when I was a teenager, travelling all over the UK to see different kinds of locomotive’s – that was hardcore ! (laughing)

 - What is hardcore for you, in your everyday life now ?

Every Monday morning is hardcore for me. Waking up at 8am and going to work for 8 1/2 hours after a heavy weekend of travelling and partying. 

- What is your biggest dream about hardcore in general, and about your personal path especially ?

To get a many people as possible to fall over and break some bones on the path outside my house. And also to make a movie about hardcore with Kylie Minogue, Jennifer Lopez, Jennifer Aniston, Susan Boyle & Keith Lemon. OOOSH !

TIRANS FROM TERRORVILLE – Hollande

Tirans From Terrorville, un live hollandais mêlant influences hip-hop, industrielles et dancefloor

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

J’ai démarré avec la house dans les années 90. La house music est devenue du hardcore, j’ai suivi ses évolutions jusqu’à aujourd’hui, c’est donc une partie de mon histoire. 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Je suis quelqu’un plutôt relax et peu communicatif, et c’est difficile pour moi de rentrer dans un cadre de vie standard, mais quand je joue, toutes mes chaînes tombent, toutes les frontières s’effacent, il n’y a plus de barrières et alors j’explose et le partage avec le public ! 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ? 

J’espère que le hardcore retrouve le feeling et l’esprit des premiers jours. Pour moi j’espère juste que tous les amis que j’ai eus grace au hardcore restent mes amis, et que tout le monde aille bien. Le hardcore ne disparaîtra jamais. 

TSX (Violent Records)

TSX a placé la Corrèze sur la carte du monde hardcore à coups de mix au rasoir et de maxis gros et durs

- Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le hardcore ? 

J’aimais déjà à la base des musiques dures, et début des années 90 j’ai découvert la musique électronique puis vers 93/94 les premières K7 Thunderdome. Ce fut un des éléments déclencheurs qui se renforça par la suite avec la découverte des soirées du sound-system Fraktal, et de Manu le Malin et Radium vers 97/98. 

- Qu’est-ce que le hardcore représente pour toi aujourd’hui, dans ton quotidien ? 

Une énergie et une force en quelque sorte. Une motivation dans mes rêves et projets. Et un énorme défouloir pour décompresser après le travail ou pour extérioriser des choses pas simples que tu peux traverser parfois dans la vie. 

- Quel est ton rêve ultime vis-à-vis du hardcore en général, et ton parcours dans le hardcore en particulier ?  

Pour le hardcore en général je dirai qu’un bon développement de la scène Hardcore dans toute la France serait superbe mais c’est pas gagné. Pour mon parcours dans le hardcore je dirai : accéder aux grandes scènes et continuer à exercer ça avec mon coeur 4 Life ! 

Le hardcore en France est donc, encore plus qu’ailleurs, un sport d’endurance pour gladiateurs… qui voient aussi dans cette musique une source d’inspiration et d’énergie intarissable. Les fidèles du hardcore revendiquent depuis le fameux « Slaves to the Rave » d’Inferno Bros (en 1995 sur le Dance Ecstasy 2038) leur addiction inconditionnelle, leur attachement aveugle, leur mariage de feu à la musique de la foudre joyeuse. 

Car on n’a pas trouvé mieux pour pulvériser avec bonheur les barrières entre individus, ce qui, dans une société torturée, obsédée par sa déréliction, prend un sens esthétique mais aussi moral. 

La techno hardcore comme remède au déclin de la civilisation ? Donc les artistes, organisateurs ou labels managers en médecins ! Et les flyers comme ordonnances ! 

Reprenez du remède ! 

Merci à tous les participants pour leurs réponses. 

Crédit photo : X-Trish 

Et puisque dans la techno, tout vient du dancefloor, voici une belle soirée hardcore parisienne ouverte aux publics de toutes origines (Vosges, Nord, Corrèze, Bretagne, Banlieue) :

HARDCORE 4 REAL FOR YOU, jeudi 28 avril, La Machine du Moulin Rouge, Paris

Splendeurs et misères du DJing : la digitalisation, accumulation du pire et espoir résiduel

Tout est devenu digital, le monde et ses plaisirs. Parmi les conséquences : la numérisation de l’exécution lors des représentations publiques, qui a particulièrement touché la musique électronique festive. Car s’il reste que le DJ mixe toujours (et au moins) deux morceaux ensemble, tout le reste a basculé dans une incertitude que troublent à peine les éclairs de félicité surgissant encore des dancefloors. Puisque tout le monde peut se payer un laptop pour venir cliquer la souris sur scène, quel travail reste-t-il au DJ pour que celui-ci incarne autre chose que l’opérateur humain d’un juke-box à puce ? 

Pendant longtemps, le DJ dans sa version moderne – mixant les morceaux qu’il passait – manipulait exclusivement des vinyles. La musique étant reproduite physiquement dans le sillon du plastique. Puis ces morceaux sont devenus des fichiers numérisés. Les platines CD sont apparues, et ensuite des logiciels intégrant lesdites platines dans des laptops : les supports de mix sont devenus digitaux à leur tour. Et Panasonic a annoncé l’arrêt de la fabrication des platines Technics SL1200 MKII, un peu comme si Fender arrêtait la Stratocaster. 

Jeff Mills est un des pionniers du DJing techno, toujours en avance sur son temps. La preuve, il s'apprête ici à poser un CD sur une platine vinyle.

DJ virtuel

La musique et les outils nécessaires à l’exécution des mix ont été dématérialisés. Reste à savoir si l’intérêt des DJ est également devenu virtuel. 

Lors, ci-dessous la mise bout à bout des conséquences négatives de la digitalisation de toute la chaîne de la musique électronique, sorte de pizza du pire, tout devient sombre. Bien des contre-exemples individuels pourront démentir ce Nutella saumâtre, mais au niveau macro, faut bien bouffer cette mauvaise tartine, en commençant par le croûton de son début. 

La sortie digitale tend à devenir un passage obligé vite expédié, histoire d’aller gonfler vite fait la partie « Production » des argus promos sur les DJ. 

Puisque par exemple la digitalisation des labels et la quasi-disparition de la contrainte de rentabilité ont annihilé leur rôle de filtre légitimé par une direction artistique sélective. Le « maxi », dit aussi « EP », a disparu. Maintenant les DJ se font des compilations par producteur et/ou par genre. Et la fin de la rareté du support musical a atténué le désir des DJ à l’encontre de la musique. Moins de désir donc moins de plaisir dans ce qui était un de leurs points forts : leur capacité à dénicher le vinyle rare (quitte à le payer très cher). Surtout quand la sortie digitale tend à devenir un passage obligé vite expédié, histoire d’aller gonfler vite fait la partie « Production » des argus promos sur les DJ. 

Dans ce bouquet de fibre optique sont stockés plusieurs millions de morceaux de musique. Pratique pour le rangement quand on a un petit appartement.

Côté morceaux, et donc fichiers MP3 et la brutale baisse de qualité du signal musical que ce format induit… Le constat s’impose de la diminution du rapport intime avec une musique qui n’est jamais meilleure que lorsqu’elle est ressentie physiquement. Au rayon romantisme : faire l’amour avec le son ? Le grain du vinyle permet la copulation avec des créatures fantasmatiques s’incarnant le temps d’une ronde. 

Vulves de porn-stars

Le MP3 de mauvaise qualité facilite, lui, le petit coup vite fait avec des poupées gonflables sans que leurs vulves fussent même moulées sur celles de porn-stars hongroises. Entre les deux, le wav (= signal numérique audio non compressé), perd en profondeur ce qu’il gagne en efficacité frontale. Le son vinyle, on y rentre, quand le son wav relève d’une claque à main plate. 

Claques qui se multiplient du fait de l’augmentation de la proportion d’outils de mix digitaux. Car aujourd’hui, pour mixer, un DJ dispose de (liste non exhaustive) : 

-          Platines vinyles 

-          Platines CD 

-          Platines à clé USB ou carte mémoire 

-          Serato (logiciel) 

-          Traktor (logiciel) 

La micro-agitation autour d’une configuration souris-laptop. 

Le support change, la prestation évolue. Et la représentation du DJ par le grand public s’en trouve troublée. Pendant longtemps, elle était surtout faite d’images venues du hip-hop et de ses DJ aux performances idéales pour un bon relais en médias : courtes, cherchant le spectaculaire, motivées par la compétition, débouchant sur l’épate. Mais cela était exécuté sur la même configuration technique (deux platines vinyle et une table de mixage au centre) que celle utilisée par le DJ techno, qui pouvait donc expliquer son art à mamie pendant le déjeuner du dimanche en convoquant cette similarité des outils. 

Deux platines et une table de mixage : pour être DJ aujourd'hui, une expérience significative à la NASA est requise (photo prise sur le Mix Move 2011).

Aujourd’hui une part croissante des DJ a la même gestuelle que les livers, à savoir la micro-agitation autour d’une configuration souris-laptop. C’est la confusion. D’autant que du côté des DJ qui restent sur une configuration avec platines, force est de constater que celles-ci deviennent de plus en plus des contrôleurs d’effets, de même que les tables de mixage. Le mix se rapproche du live. A part les spécialistes, personne ne sait plus ce que fait un DJ techno. Et ce qu’il doit faire ? 

Tradition du DJ shaman

Car qu’attend-on d’un DJ techno en termes de – attention mot qui fâche – prestation globale ? Comment exprimer cela, particulièrement en France, pays où la très 90’s tradition du DJ-shaman (comprendre : un être quasi-invisible emprunt de modestie cosmique et fuyant les regards) a laissé une empreinte forte sur les droits et devoirs des DJ ? Ceux-ci sont chez nous encore très contraints à être low-profile sous peine de se prendre un procès pour star-attitude. Précision : ne sont pas soumis à cette analyse les objets marketing Guetta-Sinclar-Pedro Winter et tous leurs clones, stars avant d’être DJ. 

Dans certains milieux, le DJ est toujours considéré (comme dans les années 90) comme un guide, un être de lumière, un magicien des sons et des sens. Et quelques DJ le croient eux-même, d'où des accoutrements.

Si dans la techno, tout vient du dancefloor, et si celui-ci est la vraie star d’un évènement festif, reste que ladite star doit se faire manier les organes pour arriver à son pic orgasmique. Le DJ en tant que bateleur maître de l’ambiance festive, c’est quoi pour qui ? 

Que Ritchie Hawtin fasse tressauter sa nouvelle mèche blonde pendant son set et c’est l’extase de masse. 

Finalement, cette affaire de digitalisation de toute la chaîne musicale refondant le principe du mix provoque une évolution des attentes du public. Puisqu’enchaîner des morceaux est devenu plus simple grâce aux nouveaux artifices technologiques, alors la charge de la prestation glisse vers un show aux codes restants à fixer. Faire de la masse disparate du dancefloor en début de soirée une star gémissante sous les pratiques de DJ-maestro passera par des voies nombreuses. 

A commencer par le renforcement de l’intérêt porté à la présence physique des DJ. De là, le mouvement corporel, intégrant la contrainte d’avoir à rester derrière les platines, prend une importance allant croissante. 

Côté techno d’esthète : que Ritchie Hawtin fasse tressauter sa nouvelle mèche blonde pendant son set et c’est l’extase de masse. Voir ci-dessous. 

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=PB64GWW8YfA[/youtube] 

De l’autre côté du spectre, côté hardcore enflammé : Partyraiser s’empare des instruments dans une gestuelle sans économie. Extase de masse itou. Voir ci-dessous.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x5l3ha_partyraiser-live_music[/dailymotion] 

La techno peut finalement être gré à la digitalisation que celle-ci fasse mûrir ce paramètre longtemps minoré de la légende des DJ : l’attitude. Car du côté dancefloor, côté public donc, s’agglomèrent des représentations puisant dans l’effet d’aura du DJ, une aura nourrie de mythes déformés, de perceptions altérées, de légendes détournées. Pour bien jouir, un dancefloor veut vivre la magie, et celle-ci commence par la félicité visuelle. 

Dimension charnelle

Puisque les DJ ont maintenant un corps, reste aux dancefloors le choix de déterminer avec lequel ils veulent se frotter. 

La digitalisation, révélatrice de la dimension charnelle de la techno : voilà un paradoxe annonçant une bonne nouvelle au bout du tunnel des catastrophes numériques. 

Party tiiiiiiiiiiiiiime !

Crédits photos : Mahadewa, Von Boot, N. Lepavec, Eline Soumeru

Interview de DJ Izno : "Traktor… c'est quoi ce nom immonde ?"

La scène techno française ne s’est jamais construite dans des conditions faciles, a fortiori s’agissant de son expression extrême : le hardcore. Mais les faiblesses nationales chroniques (manque de lieux, lois paralysantes, confusion entre rave party et free party) n’ont jamais empêché la vivacité des scènes régionales, au dynamisme entretenu par la passion d’acteurs locaux, parfois discrets, toujours tenaces, sortes de clés de voûte. Enfin, façon de parler quand il s’agit de DJ comme Izno, qui sur scène a plutôt des allures de tank lancé à pleine bourre pour ravager un dancefloor ravi. D’où l’envie de savoir ce qu’il met comme fuel dans son réservoir, depuis ses débuts dans les glorieuses années 90. 

DJ Izno, une personnalité ténébreuse et animale, faisant chavirer les coeurs comme les dancefloors.

Peux-tu présenter les 5 dates/évènements clés de ton parcours d’artiste ? 

1993 : quand un pote allemand me tend une compile Thunderdome lors d’une soirée ou je suis le « passeur de disques » … Déclic ! 

1996 : première rave du côté de Bordeaux ou je passe derrière les platines. 

1999 : à Nantes depuis 1 an, je fonde mon premier crew (le jour de la Techno Parade à Paris). S’enchaînent les free parties devant ou derrière les platines. 

2002 : Suite à une pause,  j’organise ma première soirée officielle, avec pour artistes, Radium, Ybrid, et des DJ locaux. 

2004 : rencontre avec Trypod, Pirate Mind et Joshua qui me feront découvrir Cubase et les joies de la création, et par la même occasion m’ont permis de me retrouver sur des soirées avec des plateaux que je n’aurais jamais imaginé… 

La scène nantaise a encore de beaux jours devant elle 

En tant que DJ historique de la région nantaise, peux-tu donner un éclairage sur l’état de la scène nantaise en 2011 ? 

Le côté « DJ historique » me gêne un peu, je ne pense pas avoir marqué l’histoire de la scène électronique nantaise… On a la chance d’avoir encore quelques lieux pour s’exprimer, même si cela devient difficile comme un peu partout. Il ya de nombreux sound-systems, le plus souvent réunis en associations, qui arrivent à organiser quelques évènement intéressants. Je pense notamment aux Biotek Invaders et Woowootek, qui regroupent pas mal de DJ talentueux et passionnés, que ce soit en hardcore comme dans d’autres styles électroniques. Et puis nous avons quand même sur Nantes quelques grosses pointures du hardcore, comme Révision 1.1, Joshua ou Murmure que l’on voit trop peu à mon goût… Je pense (plutôt j’espère) que la scène nantaise a encore de beaux jours devant elle. 

La concentration sur les platines avant la destruction bestiale du dancefloor.

Tu es identifié comme DJ frenchcore, est-ce que ça te pose des problèmes pour entrer en boîte ? Autrement dit, c’est quoi le frenchcore pour toi ?

Le terme « frenchcore » n’est qu’une invention de plus qui ne sert à rien, je préfère le terme hardcore. J’aime l’énergie que dégage le « Radiumstyle » [DJ Radium étant reconnu comme le géniteur du frenchcore, NDA]. C’’est un style festif, hyper intéressant à mixer (si on fait autre chose que du pousse-pousse), et tellement fédérateur, même s’il est vrai que ça commence à tourner un peu en rond. Certains artistes veulent tellement être le nouveau Radium qu’ils en oublient qu’ils ne le sont pas… Et si tu voulais faire le rapport frenchcore = free party, je ne suis pas un fervent défenseur du champ et de la boue (mais je n’ai rien contre !). Je préfère être au chaud et au sec avec une sono bien réglée… 

Evolution du frenchcore

Quelles sont les évolutions que tu prévois pour ce hardcore que tu appelles « Radiumstyle », en termes de sons, de vitesse, de rythmes ? 

Certain producteurs devraient prendre le risque de signer des artistes qui sortent un peu des sentiers battus, à l’image du label Necrosociety ou de Tbook Productions, parce que même si effectivement certains manquent d’inspiration, les producteurs ont un rôle important dans l’évolution. Le frenchcore a déjà beaucoup évolué, on est loin du premier album de Micropoint. Je ne pense pas qu’il puisse évoluer plus. Après je ne suis pas devin, tout peut arriver, c’est aussi ce qui est bien dans cette musique ! 

Tout semble indiquer que ça va taper. Normal, c'est ce qu'on demande à un DJ hardcore. Un DJ hardcore qui ne tape pas, ça n'existe pas. Le hardcore, ça tape.

Tu as été membre de plusieurs sound-systems de free party pendant des années. Est-ce que l’organisation t’intéresse toujours en 2011, et si oui sous quelle forme ? 

En fait, je n’ai jamais vraiment fait partie d’un sound-system, hormis celui que j’avais créé a l’époque. Beaucoup de sound-systems sont devenus des amis (avec qui j’aime retourner jouer de temps en temps), mais j’ai toujours refusé d’entrer dans cette logique de groupe. Quant à l’organisation je n’ai plus le temps de m’investir corps et âme dans un projet car j’ai une petite famille. Jamais elle ne passera après la musique, mais je donne volontiers des coups de mains aux potes comme Tbook Production, Hardcore Deluxe, CLS Family ou Audiogenic, lorsque des dates se présentent dans la région. 

Traktor… c’est quoi ce nom immonde ? 

Tu mixes vinyle, CD ou Traktor ? Ton point de vue dans ce grand débat ? 

Je suis un fétichiste du vinyle. Il m’arrive à l’occasion de jouer sur CD des morceaux non signés histoire de tester l’impact sur le dancefloor. Quant à Traktor… c’est quoi ce nom immonde ? Une nouvelle marque pour ado pré-pubère ? 

Mais comment fais-tu lorsque de plus en plus de labels hardcore arrêtent le vinyle pour passer au tout-digital ? 

Je pleure tous les jours en caressant mes disques ! Pour être sérieux, il y a encore fort heureusement des résistants du vinyle. Une chose est sûre, je graverai sûrement des fichiers sur CD pour continuer à mixer avec les mains. Mais rien que le fait de penser que peut-être un jour je devrai utiliser Serato ou Traktruc me fait gerber… il sera certainement alors temps de laisser la place aux autres, ou pourquoi pas tenter le live… 

Le doigt en l'air est une des premières figures permettant à un DJ de communiquer avec son public.

DJ virtuels

Pourquoi es-tu si catégoriquement opposé à Serato et Traktor ? Qu’est-ce qui te dérange ? 

J’aime le grain chaud d’un diamant qui glisse dans un sillon, j’aime le côté « collection », le côté physique du vinyle. Je me permets juste de rappeler qu’à l’arrivée du CD ce sont les musiques électroniques et le hip hop qui ont permis de sauver la production de vinyle. Je ne trouve rien de plus froid et impersonnel qu’un fichier digital en wav ou mp3. Par contre il a un côté pratique pour diffuser et faire écouter ses morceaux sur le net, c’est un outil devenu indispensable ! Mais quand je vois des DJ (plutôt « virtuels ») le nez collé devant leurs écrans enchainer des wav, pour la plupart (et qu’on ne me dise pas le contraire) téléchargés ou échangés gratuitement, mixer a la souris sans aucune recherche j’ai vraiment du mal a accrocher… Il y a certainement des avantages que je ne vois pas, mais je n’ai pas non plus envie de les voir. 

Traktor, le logiciel qui transforme les ordinateurs portables en platines, et les DJ en statues-qui-cliquent-la-souris

Dans l’ouest de la France, il y a beaucoup de free parties plus ou moins légalisées… Penses-tu que cette scène puisse être suffisamment viabilisée (techniquement et financièrement) pour devenir la forme officielle de la fête électronique dans le Grand Ouest ? 

Il est clair que certains sound-systems ont vraiment des moyens impressionnants que ce soit en sonorisation ou en organisation. J’ai l’impression que dans la région les organisateurs de free sont arrivés à maturité. Il y a de moins en moins de soirées organisées à l’arrache, mais de la à dire que ça deviendra la  forme officielle des soirées électroniques, je ne pense pas. Ce qui est sûr c’est que la free party est bien ancrée ici. Elle est et sera toujours un nid à talents. 

La scène underground reste un atout essentiel dans le développement musical. 

Ces talents sont-ils systématiquement condamnés à rester à l’écart du grand public, dans le circuit free, ou penses-tu que des ponts entre free et mainstream soient encore possibles, comme l’ont fait les Heretik en leur temps ? 

Tout comme n’importe quel chanteur à texte est passé par le music hall ou le café-concert, la scène underground reste un atout essentiel dans le développement musical. Ensuite tout est une question de talents. Il y a un bon paquet d’artistes français qui ont fait leurs premières armes en free, et qui se retrouvent à jouer dans toute l’Europe ! Maissouille, Armaguet Nad , Fist of Fury, Psiko, Progamers, Pirate Mind et beaucoup d’autres. 

En action à l'édition nantaise de la tournée Onde de Choc

Le pont à mon avis (et malheureusement) est celui de la création. Un DJ a beau avoir un talent fou, s’il ne produit pas ses propres morceaux, il n’a aucun intérêt pour les organisateurs, ni même pour le public qui ne le connaitra qu’au fil des quelques soirées ou il a joué. La recette miracle : bon DJ + bon producteur + bon disques = scène nationale voire internationale. Dans ce dernier cas c’est plus un pont, mais un viaduc ! 

Liza et la vocation du hardcore

Tu es très attaché à la free party. Penses-tu que la scène hardcore française doive toujours essayer de se développer en se basant sur le public de free party, avec les risques financiers que cela comporte ? 

Disons que je suis quelqu’un qui essaie surtout de pas oublier d’où il vient, même si en vieillissant je me sens de moins en moins en osmose avec le milieu de la free. Et je ne pense pas que la scène hardcore française doive se baser uniquement sur le public free. Nos soirées sont de plus en plus fréquentées par des clubbers attirés par les musiques extrêmes qui y sont arrivés via le gabber, le jumpstyle et le hardstyle. Mais il ne faut quand même pas oublier qu’il reste encore une majorité du public qui vient de la free, car le hardcore devient rare dans ces évènements gratuits… Ils viennent justement le chercher dans les soirées officielles. Je pense qu’il ne faut surtout pas devenir sectaire et s’ouvrir si on veut faire avancer les choses. Liza [Liza N Eliaz, DJ mythique du hardcore, disparue en 2001] disait que la vocation du hardcore était de repousser les limites sonores … Comment peut-on les repousser en s’enfermant ? On risque vite de boucler la boucle. 

Ton top 5 des tracks hardcore de tous les temps ? La question relou !!! Je dirais : Dr Macabre – « Chaos Effect » et « Alone In The Dark » / Ilsa Gold – « 4 Blond Nuns » / The Nihilist aka Radium – « Russian Roulette » / Pirate Mind – « Electroshok » … et beaucoup d’autres bien sûr ! 

Ton top 5 des albums de tous les temps ? Alors là, pas facile… Progamers – « Final Stage » / Joshua – « Sombre Harmonie » / Micropoint – - « Neurophonie » / Agnostic Front – « Warrior » / Et les « Biomechanic » de Manu le Malin, difficile de passer à côté pour notre génération ! 

Tu es réputé dans ta région. Comment penses-tu que puisses s’organiser le rayonnement des DJ régionaux à l’échelle de toute la France ? Autrement dit, comment faire pour sortir du ghetto régional ? 

J’ai la chance d’avoir fait mon trou dans mon coin certainement grâce à mon travail mais aussi aux rencontres. Cela fait quand même maintenant 14 ans que j’ai posé mes premiers disques, forcément tu te crées des contacts. Mais on a aujourd’hui la chance d’avoir un outil non négligeable qui s’appelle internet ! Grâce à lui je vais régulièrement jouer en Suisse (qui est en pleine expansion côté frenchcore). Il est clair que sans le net je ne serais peut être pas sorti de ma cambrousse. Avant le moteur c’était la production vinyle. Maintenant les contacts sont accélérés via internet, c’est un outil indéniable ! La preuve si il n’y avait pas eu le net, je ne serais pas là à répondre à cette interview… on est tous devenus un peu geeks malgré nous ! 

Lorsque je prends les platines je laisse sortir la bête qui sommeille en moi 

En tant que DJ, quel est ton rapport au public lorsque tu es à fond dans le mix, pendant une soirée bien festive ? Quelle est la nature de votre relation, de votre échange ? 

Je vis le moment à 100%. Lorsque je prends les platines je laisse sortir la bête qui sommeille en moi, je suis celui qui va détruire les dernières onces d’humanité des gens, les transformer en bêtes hurlantes. C’est une grande messe noire mélangée à une bataille de rue un samedi soir à la sortie d’un stade… Je suis aussi survolté que le public… Je suis là pour lui, et lorsque ne serais-ce qu’une personne vient me voir à la fin et me dit « Putain espèce d’enculé ! » alors j’ai gagné mon plus beau cachet et je retourne dans ma tanière … dire que certains paient pour allez voir un psy… 

Exemple de l'influence de la musique hardcore sur une jeune personne. Visiblement, l'ambiance est à la fête.

Comment raconterais-tu la même chose, avec d’autres mots, à un groupe de jeunes filles de 18 ans qui se demandent ce qu’est une soirée hardcore ? 

Pourquoi, tu trouves que je suis trop hardcore ? C’est ce que je ressens en moi lorsque je mixe, ce n’est pas ce qui se passe dans la salle hein ! On est bien d’accord ! Je crois que je leur dirais « Vous voyez, le samedi soir au Macumba ? Eh bien vous y êtes pas ! Venez vous verrez… » Faut pas se voiler la face : on fait quand même de la musique de cinglés ! 

Me retrouver sur un plateau en France avec des DJ hollandais risquerait de sérieusement m’exciter ! 

Es-tu, comme tant d’artistes hardcore français, fasciné par la Hollande : sa musique, ses DJ-dieux vivants, ses fêtes géantes ? 

The question ! Comment peut-on rester indifférent quand on a grandi avec les « Thunderdome » et autres « Rave Mission » ? Je ne suis pas de ceux qui ne voient que par la Hollande, mais si demain on me dit que je vais jouer à Ground Zero ou une MOH ou je ne sais quelle autre soirée démentielle… je serais certainement comme un lion en cage en attendant la date. Quant aux DJ-dieux vivants… j’ai eu la chance de rencontrer ceux qui pour moi ont le plus compté dans cette période thunderdomesque. Ce ne sont pas des hollandais, et ils sont loin d’être des dieux intouchables. Hormis quelques exceptions comme Rotterdam Terror Corps ou DJ Paul, je ne suis pas vraiment fan de gabber. 

La Hollande, où la techno hardcore est devenue une industrie de l'entertainment.

Pour faire bref, Hollande = ouais, total respect ! J’espère y jouer un jour, mais ça ne m’empêche pas de dormir ! Par contre me retrouver sur un plateau en France avec des DJ hollandais ça c’est quelque chose qui risquerait de sérieusement m’exciter ! 

Qui sont tes DJ-dieux vivants alors ? Et qu’est-ce que tu attends d’un DJ quand il se produit en soirée ? 

Il s’agit de Lenny Dee et de The Speedfreak, deux personnages réellement gentils, passionnés par leur musique ! Et totalement accessibles… Il n’y a pas de critère dans ce que j’attends d’un DJ, j’aime ceux qui ont leur propre univers et n’ont besoin d’aucun artifice pour faire danser les gens comme Joshua par exemple, qui a une qualité de mix irréprochable et une sélection aiguisée. Puis il y a les surexcités de la gâchette, comme The Producer ou Lenny Dee (justement), les techniciens Hellfish ou Mark N, et les magiciens comme Dr Macabre en live ou Radium en mix qui dès qu’ils apparaissent créent une liesse impressionnante dans le public. Bien sûr il y en a un tas d’autres, mais la liste est longue ! En clair il n’y a qu’une chose, la passion ! Et c’est ce que j’attends de voir chez un DJ… pour moi c’est essentiel, il n’y a rien de pire à voir qu’un DJ dont on a l’impression qu’il se fait chier royalement ! 

L’éclectisme est la meilleur arme qu’un DJ possède 

Quels sont les 5 conseils que tu donnerais à un jeune DJ qui se lance ? 

Faut pas se lancer trop fort, ça peut faire mal… Plaisanterie faite (Ouf, je suis débarrassé, j’ai réussi à en placer une !), j’aime surtout rappeler aux jeunes que nous ne sommes que des gens qui mettons des disques sur des tourne-disques. Il faut savoir faire la différence entre les moments où derrière tes platines tu es le roi du monde, et le moment ou une fois ton set fini tu redeviens toi même… j’ai pris pour habitude de m’isoler 5 ou 10 minutes après chacun de mes sets, je vais prendre l’air, je me calme, ne serais-ce que pour éviter de poser à tout le monde la question que tous les DJ veulent poser dès qu’ils ont fini de jouer : « C’était bien, ça t’a plu ? » 

Tout ça pour dire : reste les pieds sur terre. Ne t’enferme pas dans ton style, l’éclectisme est la meilleure arme qu’un DJ possède. Prends soin de ton outil de travail le plus sérieux, tes oreilles (sans elles tu n’es rien). Joue avec ton coeur, si ta passion parle, le reste suivra. Enfin, ne confonds pas fête avec défonce. 

Distribution de kicks

Un mot pour finir… DJ Izno dans la décennie 2010, c’est qui quoi comment ?  

En production,  c’est plusieurs sorties programmées sur Necrosociety (le 09 et le premier hors-série), un morceau sur le Distorded Mind 02, un versus terminé il y a peu avec l’Italien X-Mind. Un ou plusieurs morceaux sur la prochaine auto-production de mes potes de la CLS Hardcore Thym et quelques autres projets intéressants mais beaucoup trop tôt pour en parler. 

Pour les DJ sets, la date de demain (nous sommes à la veille du Hardcore Slavery Tour d’Audiogenic à Nantes) est la dernière d’une longue série. Les prochaine dates à venir sont encore a confirmer. Mais je compte bien visiter un peu plus la France, et pourquoi pas venir vous prouver à Paris que même chez les provinciaux on sait nettoyer les ruches à miel… Dans tous les cas j’espère jouer et distribuer mes kicks encore longtemps, et rencontrer tous ceux qui de prêt ou de loin ont envie de faire avancer la scène… Pour finir je tenais à te remercier de m’avoir donné la parole.

Interview de Tommy Vaudecrane (Technopol) : "Les discussions sont encore complexes entre ceux qui veulent dormir tranquille et ceux qui veulent faire la fête."

La France a toujours été un marché difficile a exploiter pour les acteurs associatifs ou professionnels positionnés sur les musiques électroniques festives. De circulaires ministérielles en pressions informelles, les institutions ont souvent privilégié la répression aveugle sous des motifs divers. Résultat, en 2011 (comme en 1968) la France s’ennuie et les publics festifs de toutes les générations vont festoyer à l’étranger. Mais, à l’heure où la musique électronique est, chez nos voisins proches, une industrie culturelle florissante, et quand cette même musique est le moteur d’une culture de masse, les freins traditionnels commencent à être sérieusement remis en cause.  

Technopol, association dédiée au développement des cultures électroniques festives, occupe dans les débats sur la possibilité d’une nuit festive en France une place de choix. C’est un think tank voué à l’action grâce à ses adhérents et son conseil d’administration, aussi bien qu’un organisateur d’évènements. En effet, Technopol a créé et produit rien moins que le plus gros évènement culturel de rue dans Paris intra-muros (après la Fête de la Musique) : la Techno Parade. Réflexion, action, expérience et vision : Technopol se trouve naturellement au cœur de nombre de projets visant à donner aux musiques électroniques festives, enfin, le niveau qu’elles méritent d’avoir en France.

Tommy Vaudecrane, Président de Technopol, rappelle qu’en France, musiques électroniques festives riment d’abord avec engagement. Un engagement dont Henri Maurel, grande figure de la culture electro récemment disparue et jusque là co-Président de Technopol, avait fait la preuve a de nombreuses reprises. Avant de commencer l’interview, Tommy lui rend hommage.

« Cette interview est un échange entre Florian/DJ Speedloader et moi depuis début Décembre 2010. Entre le début et la finalisation de celui-ci, une tragédie à frappé de plein fouet l’association Technopol : la disparition de mon Co-Président, Henri Maurel, également l’un des fondateurs de Technopol en 1996 et l’un des créateurs de la Techno Parade en 1998. C’est avec une très grande peine que nous faisons face à ce moment difficile mais c’est aussi avec une conviction encore plus forte et une détermination encore plus grande que l’association mènera à bien l’ensemble des projets pour lesquels nous avons été élus Henri et moi et que nous portions depuis Juin 2010.

Paix à ton âme Henri et sois-en sûr, nous continuerons le combat ! » (Tommy Vaudecrane, mars 2011)

- Depuis juin 2010 tu partageais la présidence de Technopol avec Henri Maurel. Cela fait presque 15 ans que cette association est au cœur des nuits françaises, pourtant son rôle reste mal connu. Pourquoi Technopol a-t-il été créé à l’époque et quelles sont ses missions actuelles ?

En fait, en 2011 Technopol soufflera ses 15 bougies mais nous pleurons aussi la perte d’un être qui nous était cher et qui a été un moteur pour l’association et les cultures électroniques depuis plus de 20 ans : Henri Maurel. L’association Technopol a été créée en 1996 par les acteurs historiques des musiques électroniques, dont Henri, qui subissaient une répression politique forte et organisée (circulaire Pasqua de 1995) aussi bien sur les soirées payantes que les free party. Un lobby gouvernemental a été mis en place afin de faire reconnaître les musiques électroniques et c’est en 1998, suite à la publication d’une circulaire interministérielle (Culture, Intérieur & Défense) reconnaissant l’aspect culturel de la musique électronique, que la Techno Parade a été créée afin d’offrir une manifestation festive qui est devenue en 12 ans le plus grand dancefloor à ciel ouvert de France, le temps d’une journée ! 

Aujourd’hui la nouvelle équipe élue en Juin 2010 travaille sur de nombreux nouveaux chantiers pour continuer d’accompagner les acteurs de la scène dans leur professionnalisation et de défendre les acteurs qui ont encore, aujourd’hui, besoin de nous. 

Ces derniers mois on constate un fort retour en arrière et de nombreuses interdiction abusives de soirées électroniques, mêmes légales, dans les différentes régions où le triptyque : Mairie, Gendarmerie, Préfecture fonctionne à merveille !

Est-ce que cela veut dire que, pour la techno comme pour beaucoup de choses en France, rien ne peut être fait sans un étroit contrôle de l’administration ? Est-ce à dire que la création et l’expression culturelle sont subordonnées au bon vouloir du Prince ?

Oui tout à fait, un étroit contrôle, des connivences politiques et une acceptation institutionnelle… Parfois on a l’impression que tout ceci est de la poudre aux yeux. On rencontre les autorités, on a l’impression d’avancer et on se rend compte, qu’autour de nous en fait rien n’avance, voire on ressent une certaine régression… D’un côté une volonté d’expression culturelle soutenue par le Ministère, les DRAC et autre et puis une fermeture quasi totale de la part des Mairies, Gendarmeries et autres Préfectures. Un jeu vicieux est joué à coups de pressions téléphoniques, d’invitation à reconsidérer tel ou tel événement sous prétexte d’ordre public, de drogues et autres raisons fallacieuses jouant sur les peurs basiques auprès de gens ignorants.

D’ailleurs, ces derniers mois on constate un fort retour en arrière et de nombreuses interdiction abusives de soirées électroniques, mêmes légales, dans les différentes régions où le triptyque : Mairie, Gendarmerie, Préfecture fonctionne à merveille ! Un coup la gendarmerie met la pression (officieuse, une sorte d’invitation sans traces, un coup de téléphone suffit) sur le lieu, un autre coup c’est la Mairie (le maire est maître à bord dans sa commune sauf à Paris) et des fois la Préfecture mais c’est rare car les gendarmes et les mairies font très bien leur travail de sape.

Défense, reconnaissance et promotion

Comment Technopol se place, aux côtés des autres acteurs (type syndicats ou autres associations), dans le paysage des instances de la nuit française ?

La mission première de Technopol est la défense, la reconnaissance et la promotion des cultures et musiques électroniques. De fait, notre intervention se fait sur les points relatifs à cette culture et sa place dans la nuit française. La musique électronique ayant une position de plus en plus importante dans le paysage de la nuit française, nous prenons une place de plus en plus importante dans les discussions. Une des illustrations est notre forte implication dans les Etats Généraux de la Nuit et les Nuits Capitales.

Du côté Syndicats et Sociétés Civiles nous commençons à explorer les possibilités de rapprochement avec la SPEDIDAM via le SAMUP ou la CGT Spectacles, notamment sur les questions de statuts du DJ, mais rien n’est acté ou décidé en ce sens. Technopol souhaite rester une structure associative militante indépendante et non politisée.

L’un de nos objectifs est de mettre en place des accords avec certains syndicats ou sociétés civiles afin de faire bénéficier nos membres d’avantages liés à ces organisations.

Nous allons également adhérer à la CSCAD et permettre à nos membres organisateurs d’y adhérer, ce qui leur permettra notamment de bénéficier de tarifs SACEM préférentiels.

Les discussions sont encore complexes, très émotionnelles entre ceux qui veulent dormir tranquille et ceux qui veulent faire la fête.

Est-ce que la connaissance qu’a Technopol de la nuit française lui permet de dégager des particularités régionales, en France ? Ou alors est-ce les questions qui se posent à la nuit sont les mêmes à Paris et à Vesoul ?
 
Un peu des deux je pense. Suite à la pétition que nous avons lancée « Paris : Quand la Nuit Meurt en Silence » nous avons eu des échos en région notamment à Lyon et Marseille. Partout en France on entend parler de fermetures de bars, de nuisances sonores, de fermetures administratives. Nous avons donc un souci commun aux grandes agglomérations avec l’éternel conflit entre riverains/police et lieux/organisateurs. De plus en plus de villes souhaitent développer ou upgrader leur offre festive nocturne mais les discussions sont encore complexes, très émotionnelles entre ceux qui veulent dormir tranquille et ceux qui veulent faire la fête.

Tommy Vaudecrane, Président de Technopol et passionné des musiques électroniques festives depuis 20 ans.

On constate des difficultés à Lyon par exemple, car les associations n’ont quasiment plus de subventions de la ville et la plupart des événements électroniques sont interdits ou fortement freinés.

On peut également dégager des tendances régionales en effet, avec le développement de la free party légale et parfaitement gérée notamment en Bretagne et dans le Sud de la France, régions qui disposent de magnifiques lieux extérieurs pouvant accueillir ce type de grand rassemblement. Le clubbing a toujours été très développé dans le Nord et l’Est du fait de la proximité de pays comme l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et la Hollande avec leurs mégas clubs et rave parties.

Tu rappelles que Technopol travaille beaucoup avec la SPEDIDAM sur les statuts du DJ.  Cela veut-il donc dire qu’il y a un gouffre entre les DJ-dieux vivants à la Guetta, pour qui la musique est une business unit parmi d’autres, et les DJ qui vivent avant tout de leurs prestations ? Car en France en 2011, grâce ou à cause des Guetta, Sinclar et autres, la représentation collective du DJ est qu’il roule sur l’or…
 
Oui un gouffre, en tout cas sur les sommes touchées lors de représentations publiques par exemple. Un DJ comme ceux que tu viens de citer touche entre 35000 et 75000 euros (voire plus) pour une heure ou deux heures de « non-mix, lève les bras et te décoiffe pas trop ». On est ni dans le djing, ni dans la performance artistique et je trouve personnellement ces sommes démesurées et pas du tout en phase avec le spectacle fourni par ces gens. Sachant que Guetta n’est pas considéré comme DJ mais comme auteur compositeur.

DJ hardcore, drum and bass et autres sons durs 

Ton arrivée à ce poste, c’est une des nouvelles expressions de ta passion pour la scène électronique ? Comment cette passion s’exprime-t-elle par ailleurs, depuis que tu es arrivé dans ce milieu ?

Multi-tâches (rires). Les musiques électroniques rythment ma vie et me font vibrer depuis bientôt 20 ans. Ma passion, ma dévotion se traduisent par de nombreuses implications personnelles qu’elles soient artistiques, événementielles ou militantes.

Je suis déjà passé chez Technopol entre 2002 et 2005 en tant qu’administrateur, j’y ai notamment créé l’observatoire de la fête pour recenser les incidents et venir en aide, dans la mesure du possible, aux organisateurs. J’ai également tenté un rapprochement avec la free party, mais ça s’est un peu moins bien passé, disons que notre main tendue n’a pas été si bien accueillie que ça… Et suite à cette main tendue, le premier collectif des sons s’est créé…

Aujourd’hui la scène doit se professionnaliser si elle veut exister comme dans nos pays voisins. J’ai donc de nouveau décidé de mettre mes compétences, mon expérience, ma sensibilité au service des musiques électroniques. C’est l’expression militante de ma passion.

Par ailleurs j’essaie de faire vibrer les gens en tant que DJ hardcore, drum and bass et autres sons durs, depuis près de 17 ans sous le pseudo DJ AK47, et je compose de la musique, notamment avec mon groupe BudBurNerZ (17 maxis et 6 albums). J’organise des soirées avec le collectif Party Uniq depuis 2005 et plus récemment avec la société Bass Nation qui a produit les deux événements Megarave France à l’Elyséee Montmartre.

Tommy Vaudecrane, sous le nom de DJ AK47, est également une des figures de la scène hardcore. Ses prestations foudroient les dancefloors de France et d'Europe depuis le milieu des Rugissantes Années Rave : les années 90.

Alors, question professionnalisation justement, quels sont les métiers qui doivent se développer dans le milieu de la nuit pour rendre celle-ci viable ? Et comment articuler cette professionnalisation avec une présence associative traditionnellement très forte sans qu’il y ait discorde ?

Il faudrait déjà une reconnaissance institutionnelle de certains statuts comme le DJ ou le VJ afin que ceux-ci puissent exercer leur métier en toute tranquillité sans être dans une situation de précarité entre cachets au noir, remboursement de frais et autres arrangements. Qu’ils puissent cotiser pour leur retraite, avoir des congés (sans obligatoirement avoir le statut d’intermittent).

Une ineptie parmi tant d’autres : prenons un DJ amateur passionné, qui exerce un métier la semaine et qui joue le week-end pour son plaisir mais qui est assez connu pour prétendre à une rémunération. Il assure donc un revenu complémentaire grâce au DJing (en plus d’assouvir une passion). Eh bien il a été décidé par le Ministère de la Culture et sous la pression des syndicats, que ce DJ ne pourrait utiliser le statut d’auto-entrepreneur pour facturer et être payé… Alors que ce statut a spécialement été créé pour permettre à des salariés d’avoir un revenu complémentaire… Belle logique n’est-ce pas !

Technopol dispose d’une forte crédibilité à tous les niveaux.

Technopol est une assocation, donc tu es bénévole. Oeuvrer dans les musiques électroniques en France, ça relève forcément de la dévotion ?

Souvent oui car pour la plupart des organisateurs, des artistes et autres acteurs de la scène c’est une passion dans laquelle ils investissent tout leur temps, leurs économies avec souvent de lourdes pertes à la clef. Mais l’associatif est aussi une arme de lobby puissante lorsqu’elle est reconnue et Technopol dispose d’une forte crédibilité à tous les niveaux ce qui permet d’engager des discussions sérieuses et de voir certaines avancées possible.

Et puis après près de 20 ans de plaisir intense apporté par les musiques électroniques, je peux bien donner un peu de mon temps pour que toutes les musiques et cultures soient entendues et représentées !

La Techno Parade est depuis 1998 la vitrine festive de l'action de Technopol.

Que peut-on espérer comme résultat concret et à court terme de l’action de Technopol ?

Nous avons de nombreux chantiers qui concernent les différentes composantes de « l’écosystème électronique ». Nous travaillons par exemple sur le statut du DJ et sa possible affiliation à un syndicat ou une société civile via Technopol. Ces projets font partie de nos « Polarités » qui sont des groupes de réflexion, d’action et de lobby autour des problématiques liées aux différents acteurs de la scène : Organisateurs, Artistes (DJ&VJ), Disquaires, Web Radios, Evénements Eco-Responsables, etc.

Nous avons bon espoir d’obtenir des avancées concrètes en 2011 sur plusieurs de ces points, notamment via notre affiliation avec la CSCAD qui va permettre aux promoteurs membres de Technopol d’y adhérer et de bénéficier de taux SACEM négociés pour les événements en salle et en clubs.

D’un point de vue événements nous allons lancer de nouveaux projets. Nous préparons une semaine de la Techno Parade avec en clôture une Nuit de la Techno digne de ce nom (comme on peut le voir en Suisse en Allemagne, en Hollande ou en Belgique) ! D’ici là, une fête de la musique au pied de la Tour Eiffel avec les Bateaux Parisiens est également prévue. 

Expertises professionnelles et passionnées

Tous les projets que tu décris supposent un grand nombre d’expertises au sein de Technopol. Peux-tu préciser comment est structurée l’organisation ?
 
Technopol dispose de nombreuses expertises chevronnées. Nous avons un conseil d’administration de 15 personnes, toutes professionnelles et passionnées de musiques électroniques qui mettent leurs compétences à disposition de nos membres et de la scène pour mener à bien ces chantiers. Les polarités ont pour référent un membre du CA et nous impliquons également nos adhérents dans les réunions de réflexion. Les membres sont également les bienvenus pour participer à ces réflexions.

A la Techno Parade, on peut voir des bonnes soeurs du couvent de Saint-BPM dispenser la bonne parole au public en liesse.

La scène électronique française, c’est France terre de constrastes, entre les superstars à la Guetta/Sinclar/Garnier et l’apocalypse de la free-party. Une voie du milieu est-elle possible, autre que l’electro-bobo-lounge ?

On pourrait mettre Guetta et Sinclar dans une free et 69DB à la prochaine soirée Unighted pour voir ce que ça donnerait ? (Rires)

Chez Technopol nous avons bon espoir que les choses évoluent en France. Les 15 dernières années électroniques ont été riches et ont fait émerger de nouvelles musiques et surtout de nouvelles pratiques festives. La free party par exemple, a, pour la première fois, offert aux jeunes une réelle alternative au Macumba Night du coin ou aux boîtes select.

De nouveaux espaces festifs, de nouvelles musiques, de nouvelles pratiques de consommation ont émergé. De même que la sortie en boîte de nuit a évolué vers le clubbing et le public est parti découvrir les offres clubbing européennes induisant ainsi des pratiques dites de new clubbing. Tout ceci ayant pris en maturité nous réfléchissons, notamment dans le cadre de nos polarités, à de nouveaux types de fêtes, l’appropriation de nouveaux lieux, notamment en banlieue parisienne avec le Grand Paris. La nuit a toujours su se renouveler et nous espérons y participer ! 

Historiquement les prix des boissons ont toujours été élevés dans les clubs français.

Peux-tu donner quelques exemples de ce que vont chercher les français à l’étranger ? 
 
On a vu se développer autour de nous en Europe une offre festive nouvelle, propre aux musiques électroniques. Au Nord comme au Sud les villes frontalières ont vu se développer très tôt l’offre festive électronique avec les méga clubs belges et espagnols, les énormes raves hollandaises et allemandes et ce dès le début des années 90. Avec l’arrivée d’Internet et des voyages low costs ces événements ont attiré un plus large public qui voulait rompre avec la monotonie de l’offre festive électronique française. On voit tous les mois plusieurs milliers de français prendre le train, l’avion ou le bus pour aller dans ces mégas événements qui n’ont encore aucun égal en France.
Qu’est-ce que Technopol peut répondre aux jeunes clubbers qui se demandent pourquoi à Paris ils payent leur bière 9 euros alors qu’à Amsterdam elle en coûte 2,50 ?

Historiquement les prix des boissons ont toujours été élevés dans les clubs français car c’est leur moyen de se faire une marge (paraît-il). Pari pas forcément intelligent car du coup, ceci a aussi été un des facteurs de désertion de ces clubs (en plus d’une programmation musicale pauvre et d’une sélection particulière à l’entrée) au bénéfice d’événements type free parties, squat parties, etc…

Amsterdam et la Hollande c’est particulier car c’est aussi le pays d’un des plus grands brasseurs au monde. Mais concrètement, nous sommes l’un des pays avec les prix de consommation les plus élevés en Europe alors que notre culture de l’alcool laisserait à penser le contraire…

Passion et culture de marque

Technopol travaille avec Ableton pour proposer des formations certifiées à des artistes débutants ou confirmés. Quel est le suivi artistique que vous proposez à ceux qui viennent se former chez vous ?

Nous ne proposons pas de suivi artistique, nous donnons les moyens aux artistes qui souhaitent exprimer leur créativité d’apprendre à maîtriser ces outils. Ensuite c’est à eux de créer et de s’intégrer dans le circuit artistique et le courant musical qu’ils souhaitent suivre. Nous donnons juste les moyens d’arriver à l’expression de sa créativité avec les outils modernes. Nous lançons des formations sur Usine, un logiciel de studio français et quasi gratuit et réfléchissons à des formations Cubase ou encore des modules courts sur Traktor, Serato et autres.

La Techno Parade révèle le potentiel festif des créatures de toutes obédiences. Ici : des filles.

On le sait, le développement de la scène électronique passera par un renforcement du lien entre les promoteurs d’évènements et les marques qui en seront les sponsors. Comment Technopol envisage cela ? Comment concilier la passion associative à l’origine de Technopol et les contraintes du marché ? 
 
Chez Technopol nous avons naturellement cette culture du fait de la Techno Parade et de la présence de marques sur cet événement. La cohabitation entre passion et culture de marque n’est pas incompatible à partir du moment où l’association sait jusqu’où elle veut aller en termes de visibilité offerte à une marque partenaire. Nous allons lancer une polarité « Marques et Musiques Electroniques » afin de partager les expériences existantes avec nos membres et de créer une sorte de « hub » pour les marques qui souhaiteraient entrer en contact avec des événements ou acteurs de la scène électronique.
 
Quelle culture techno peut-on espérer pour la France ?

Une culture électronique débridée, colorée, festive, éclectique et passionnée !

Crédits photos : Hardlight, Sophie Party Uniq

Crédits photos Techno Parade : Colleen Curnutte, Ollografik, Philippe Leroyer

Interview de Luz (Charlie Hebdo) : "Je veux être comme un rat qu’on conduit dans le ravin du dancefloor."

Luz est un des piliers de Charlie Hebdo. Dessinateur politique à l’humour acéré, c’est aussi un jouisseur pour qui le DJing est l’occasion de se vautrer dans une luxure d’esthète : celle de transmettre sa vision musicale en faisant danser les gens. Où quand un trentenaire humaniste à la culture rock est arrivé, en prenant les chemins du plaisir, à faire le lien avec les perspectives de l’electro. D’où le jouissif « King of Klub« , dernier recueil en date.  

Et quand Luz le caricaturiste politique met son art de l’observation au service de la musique live, il en révèle les plus lointains et primaires soubassements. Et quant à la question ô combien récurrente de l’état du clubbing français, Luz apporte quelques réponses… basées sur le rythme, la basse, et … « une hystérie spatio-metal ». Luz + musique = voyage.  

- Vous avez une culture très rock. Comment êtes-vous devenu DJ, cette figure de musicien méprisée des rockers ?  

Le lien s’est fait tout seul car je suis devenu DJ à une période où le DJ n’était plus méprisé des rockers. C’était la belle affaire des années 2000, après l’arrivée des 2 Many DJs, qui ont eu cette bonne inspiration de mélanger tous les styles musicaux, en passant du coq à l’âne. Je suis arrivé là-dedans par hasard. C’était par l’intermédiaire de l’équipe du magazine Magic. Ils m’ont fait mixer dans une soirée Blur. Ils se sont aperçus que je n’avais passé aucun titre de ce groupe, alors ils ont décrété que j’étais un très bon DJ et qu’il fallait que je recommence.  

Ce qui m’a intéressé, c’est le fait de pouvoir transmettre des envies musicales, en établissant un lien de confiance avec le public en face de moi. Et cela sans être ennuyeux… C’est mon obsession depuis que je suis gamin : comment transmettre la musique à des gens qui ne la connaissent pas.  

Luz et sa compagne Stéphanie Meylan, photographe

Avec votre expérience, quelle est aujourd’hui votre conception du DJing ?  

Mon anti-conception plutôt, c’est ce que m’a dit un DJ rock un jour : « Il faut pouvoir être plus intelligent que ton public ». Je me suis demandé ce que ça pouvait bien signifier… Mais il avait un collier à boules en bois, et en général tu portes assez peu de crédit à quelqu’un qui porte ça. Et j’ai eu la conviction que je ne voulais pas ressembler à ce genre d’individu. Car quand tu mixes, tu amènes une partie de toi-même. Quand tu mixes chez les autres, il faut d’abord écouter les disques chez soi, dans l’intimité. Et la transmission de cette intimité passe aussi par ce que tu veux présenter de toi. Cela change tous les jours, toutes les semaines. Donc un DJ qui sait d’avance ce qu’il va passer, du premier au dernier morceau, ce n’est pas un DJ… OK il sait enchaîner mais sans plus. Tu dois construire une histoire en direct. Donc : improvisation, de telle sorte que, racontant ton histoire, les gens te racontent la leur. Si tout d’un coup il n’y a plus de réaction, ou si au contraire ça réagit sur un morceau, c’est une information, ça a un sens. Et cela change ta manière de raconter l’histoire.  

Mise en danger

Très attentif au public donc ?  

A mort. Surtout que le premier intérêt de tout cela, c’est cette mise en danger. C’est ce qui m’a tout de suite plu : le fait que les gens voient ton travail en direct, ce que tu n’as pas dans le dessin. Et aussi ce qui est bien, c’est d’accomplir ce rêve d’adolescent, d’arriver et de dire « Bonsoir Paris ! »… quand tu es à Paris. Ou « Bonsoir Dijon ! » quand tu es à Dijon. Donc ça caresse l’égo, à condition de mettre des choses qui viennent de toi. Si tu ne mets que des tubes du moment, OK les gens sont contents, mais qu’as-tu amené de toi ? Être DJ, c’est le meilleur moyen d’aller dans une soirée où il y a de la bonne musique puisque c’est la tienne qui passe. Donc si tu ne passes que ce que les gens attendent, tu finis par passer de la merde. Donc tu passes de la musique que tu défends. Ca m’est arrivé de jouer ce que les gens attendaient, car parfois on se cherche… Mais à quoi ça sert ? Cela dit il ne faut pas être non plus dans le plan ultra-autiste du mec qui ne fait pas attention à ce qu’il y a autour de lui.  

Votre meilleur souvenir de mix ?  

Le festival Benicassim quand j’ai joué dans la tente Pop. J’avais mixé tard, à 4h du matin. Je devais mixer une heure et demie. Avant ça, ambiance Benicassim, Espagne… J’avais fait Pac Man toute la journée. Tout y est passé. Tout. Les copains me disaient que je ne pouvais pas monter sur scène. Moi ça allait très bien, j’étais super conscient. J’étais dans un état de sur-stonerie et je voyais très bien ce que je voulais faire. J’ai pris les platines. Je me suis lancé dans un show bizarre. Je me suis dessiné sur le corps, des trucs comme ça… A un moment, j’ai passé un morceau des Breeders, et un deuxième, car j’ai raté mon enchaînement avec l’autre morceau que j’avais prévu. Mais personne ne s’en est aperçu tellement les gens étaient à bloc.  

Je me suis dit que j’avais fait une connerie devant 2000 personnes.  

Bref, tout roulait. A un moment, j’ai eu envie de silence, j’ai mis « Hallelujah » de Jeff Buckley, ça a scotché tout le monde, moi y compris. Je me suis dit que j’avais fait une connerie devant 2000 personnes. Mais les gens se tenaient par la main, s’embrassaient, pleuraient. Tout le monde a eu la même remontée de drogue au même moment. C’était LOVE ! J’en ai encore des frissons. Voilà, ça c’était très intime : on se sent bien ensemble, on teste un truc. Si les gens se sentent bien avec toi, on se sent beaucoup plus libre d’essayer.  

Pacman la nuit, Pacman le jour : les deux visages d'un héros très populaire, entre lesquels la joie s'infiltre.

Y-a-t-il une spécificité du DJing à la française (par rapport à un style de DJing des autres pays) ? Si oui laquelle ?  

Je n’ai pas l’impression. Ou alors c’est le fait de vouloir faire plus Ed Banger que Ed Banger. Alors ça c’est très français. Et ça c’est très très dur. Surtout quand tu as une soirée en France avec Ed Banger et les clones de Ed Banger réunis. Je me souviens d’une soirée au Rex, comme ça. C’était plus possible.  

Justice sur NRJ, c’était comme  une grande victoire.  

Mais je trouve ça bien, Ed Banger. Je trouve ça bien qu’il y ait une marque qui signifie à l’international qu’il se passe quelque chose en France, mais aussi qui signifie aux français qu’il se passe quelque chose chez eux. Et que cela traverse la barricade de la radio populaire. La première fois que j’ai entendu Justice sur NRJ, c’était comme  une grande victoire, même si c’est une radio mainstream. Normalement, quand tu es un groupe français qui fait de la musique instrumentale, tu n’es pas sur les ondes, ce que j’ai compris un jour où Jean-Michel Jarre pleurnichait, car il n’est pas considéré comme de la musique française. Donc il ne rentre pas dans les quotas. Alors si la musique française qui ne rentre pas dans les quotas arrive à percer les quotas et devenir mainstream, c’est intéressant. C’est un combat gagné, en tous cas une brèche.  

La basse qui malaxe

Quel est le clubber qui est en vous ?   

Le clubber en moi est multiple ! En tant que clubber j’aime être surpris. J’aime quand je suis au bar et me faire avoir par le DJ, de telle sorte que je suis attiré sur le dancefloor.  

Avec quel genre de musique ?  

N’importe laquelle. Cela dit il me faut de la basse. Une basse roulante, un drive. Qui me malaxe les couilles. De la basse physique. Et ça tu l’as dans presque toutes les musiques.  

Luz, entre abandon de soi et sauvagerie festive.

Vous êtes très ami avec James Murphy de LCD Soundsystem…  

Oui. Il a été étiqueté electro-rock, alors que c’est un discoboy. Il écoute de la disco. Sauf qu’il est passé par le grunge, plein d’autres choses… Mais il a une manière disco. LCD a été très important, car j’ai compris que ce que j’écoutais depuis des années pouvait être joyeux. La première fois que je suis tombé sur le EP « Losing My Edge », j’étais à fond dans le post-punk genre The Fall, du punk intellectuel… Et tout d’un coup j’entends ça, qui est du The Fall avec un truc dans le slip, jouissif, chaloupé. J’aime le chaloupement. C’est ce qui me fait aller sur le dancefloor comme attiré par le joueur de flûte qui attire les rats. Je veux être comme un rat qu’on conduit dans le ravin du dancefloor. Ca c’est vraiment excitant. Donc avec « Losing My Edge », j’ai compris que la musique n’était pas uniquement faite pour écouter chez soi. Il y a une transmission. Un besoin de se libérer de l’écoute intime pour la partager avec les autres sur le dancefloor.  

Je veux être comme un rat qu’on conduit dans le ravin du dancefloor.  

LCD, c’est la quintessence de ce que j’aime car c’est un passeur. Il assume de dire que sa musique, il ne la crée pas de rien. Il y a des influences Eno, Bowie, disco, punk, pop. C’est une musique qui te dit : « commence par moi, et vas chercher ailleurs ». Un de mes amis m’a dit : « Je suis très jaloux des jeunes gens qui ont découvert la musique avec LCD Soundsystem ». C’est magnifique. Je suis aussi très jaloux… J’ai découvert des choses avec LCD, mais j’en connaissais pas mal. Il a fait naître des auditeurs electro-rock. Ni electro ni rock… ni pop mais pop en même temps. Ni hip-hop mais hip-hop en même temps. Et donc ces auditeurs sont obligés d’aller voir ailleurs pour trouver encore mieux. Il a cette humilité de dire « Je ne suis pas le meilleur groupe du monde. Les meilleurs groupes du monde, je les ai écoutés et ils passent à travers moi ».  

Prétention & détention

C’est quoi le problème du clubbing à la française ?  

Quand tu es sur le dancefloor en France, il faut pouvoir exprimer au DJ qu’il doit te mériter. C’est insupportable, et c’est très français. Il y a un problème français tout court, le même dans tous les secteurs culturels. La prétention d’être détenteur d’un passé glorieux et de tout mesurer à l’aune de cette référence. On fait la morale à tout le monde et on a du mal à regarder ce qu’on fait nous-mêmes. On se targue de Hugo, de Balzac, d’être un grand pays de littérature alors qu’en la matière on ne fait plus rien depuis des années. En musique électronique, on peut dire qu’il y a eu Daft Punk. So what ? OK, il y a eu ce truc prestigieux car d’un coup l’international nous a regardés.  

Luz, qui dessine souvent la Une de Charlie Hebdo, prouve qu'on peut être DJ et avoir de l'humour. Rare.

Les anglais ont quelque chose de très bien : le NME. Un journal où la musique populaire est traitée pour ce qu’elle est : superficielle. Et on en parle de manière superficielle. On assume cette idée. On ne fait pas semblant de croire que la musique, c’est de l’histoire. Les groupes qui sont présentés sont des kleenex, ils se bagarrent entre eux, on leur pose des questions vachardes et après on les jette. Comme les groupes ont conscience d’être des kleenex, ils sont plus libres que les autres. Ils savent qu’on peut les jeter au bout de trois ans, mais qu’au bout de dix ans ils peuvent réapparaître avec un autre projet. Chez  nous, les groupes sont des mouchoirs en soie, on se branle dedans et on les met sous un cadre avec des moulures.  

Cette morgue, cette prétention très française se retrouve aussi dans le clubbing. Le clubbing, c’est sérieux.  

Je constate ça dans la chanson française : il faut rentrer dans cette petite photo où il y a Brassens, Brel et Ferré, pour être le quatrième… En pop/rock, si c’est chanté en anglais, ça se voudra très sérieux. Cette morgue, cette prétention très française se retrouve aussi dans le clubbing. Le clubbing, c’est sérieux. La manière de prendre des drogues, c’est sérieux. La manière de boire, c’est sérieux.  

Il y a des spécificités de culture. L’esprit français, ça existe. Cette petite prétention permanente. Les clubbers français attendent l’excellence. Ils veulent avoir le moment historique. Mais bon, ça suffit ! On est aussi là pour prendre du plaisir ! Alors maintenant qu’à Paris il y a très peu de clubs et qu’ils sont très chers, on va à l’étranger.  

Alors il n’y a pas d’espoir pour le clubbing à la française ?  

Je n’en sais rien… Un truc qui me fait marrer, c’est quand les gens disent qu’ils ne vont plus en club car les boissons sont trop chères. J’ai envie de leur dire « T’as qu’à danser, connard, et après tu bois un coca ! ». Si aller en club, c’est uniquement pour se saoûler la gueule, tant pis. Après, je ne sais pas vraiment où se situe la faille, en France. C’est moins fun.  

Bande kilométrique sous Traktor

Donc vous concevez une scène musicale vouée à l’entertainment ?  

Oui. C’est plus simple.  

Sachant qu’entertainment, c’est un gros mot, en France.  

Ouh là oui, c’est un gros mot ! Moi j’assume la superficialité. En tant que DJ, j’ai le souci de transmettre des « valeurs musicales », une façon d’écouter la musique que j’aime, une sensibilité. Mais si les gens n’aiment pas et restent au bar, ce n’est pas grave. S’ils ne se barrent pas, c’est déjà une bonne soirée pour eux.  

Il faut bien ça pour désamorcer l'insupportable charge béni oui-oui de la chanson française...

Mais si tu vas dans un petit club à Paris, tu auras un mec derrière son laptop, qui te regarde avec une condescendance d’insupportable connard. Tu t’en fous, tu es venu danser. Mais tu ne peux pas ! Car son truc, c’est de faire de la bande kilométrique sous Traktor. Et tu te dis, « Qu’est-ce que je fous là, je ne suis pas là pour la musique ?!? », justement d’ailleurs parce que le mec n’est pas là pour la musique. Si le DJ est là pour la musique, il est là pour transmettre quelque chose de la musique. Son petit set sous Traktor, on s’en branle.  

Le problème avec Traktor, c’est le niveau de bpm qui est toujours le même.  

Est-ce que Traktor est un des drames qui afflige l’art du DJing ?  

A fond ! Bon, c’est super pour faire des enchaînements. Je suis désespéré de ne pas savoir faire de vrais mix, je ne serai toute ma vie qu’un selector mineur. Mais le problème avec Traktor, c’est le niveau de bpm qui est toujours le même. 124bpm. Fuck ! En tant que clubber, je veux me faire gifler ! Me faire fouetter ! J’ai envie qu’on m’embarque ailleurs, que ça ne soit pas monorythmique. Ce qui tue le clubbing, c’est le monorythme. Si c’est du très bas bpm, ça peut à la limite t’embarquer dans un truc un peu spatial, tout dépend de ce que tu as fait avant, pendant, et de ce que tu feras peut-être après. Mais si tu fais du Ed Banger ou de la minimale allemande et que tu as toujours le même rythme, finalement, c’est pas plus intéressant que la musique du Buddha Bar. Papier peint sonore. Pour moi le rythme est un élément essentiel du DJing. Jouer avec, pouvoir le casser, le ralentir, l’augmenter, le fracasser. C’est ça qui était intéressant dans les productions de Ed Banger à un certain moment, c’était le cassage de rythme. Du côté de chez Institubes il y a eu des choses pas mal de ce point de vue là aussi. Mais 4 ou 6 heures sur un rythme identique, c’est difficilement tenable.  

J’ai dansé là-dessus, qui suis-je ?  

C’est pour ça que j’aimais bien les sets de Jean Nippon. Il y a un lien entre le R&B et le hardcore sans que ce soit simplement juxtaposé ! Il m’a foutu en transe ! Comment il a réussi à me faire danser sur du zouk, alors que deux secondes j’étais à bloc sur une hystérie spatio-metal, je ne comprends pas. Il réussit à te faire te surprendre toi-même. Tu te dis, « J’ai dansé là-dessus, qu’est-ce qui s’est passé ? Qui suis-je (rires) ? ». Quand c’est toujours le même rythme, ça arrive difficilement.  

La couverture du salvateur "King of Klub", qui démystifie les dieux vivants du DJing à la française.

Quel est votre rapport aux musiciens ? Avez-vous besoin de les idéaliser pour les dessiner comme vous le faites ?

Non, car idéaliser les gens les rend difficiles à dessiner. Par exemple, Philippe Katerine. Quand j’ai voulu le dessiner en concert pendant les premiers morceaux, ça ne marchait pas du tout. Parce que je l’avais déjà beaucoup vu à la télévision, il faisait partie de ma famille visuelle. Genre Sarkozy on le voit tellement à la télévision, on croit que c’est le voisin de palier. On ne remarque plus rien. Si je devais voir un concert de Bowie, ça serait difficile pour moi de le dessiner très vite. Par contre, ce qui est intéressant dans les dessins de concert, c’est de ne pas aller dans le portrait. Alors ça me change de mon travail de caricaturiste. C’est mon repos. Tu n’as pas besoin de faire quelque chose de ressemblant.  

Dépassement du corps

Dessiner l’univers de la musique, c’est plus libre ?  

Oui car on est dans le reportage. Et on peut mettre en scène du fantasme. C’est pour ça que j’aime bien le travail que je fais avec Stéphanie Meylan (sa compagne, NDA). En concert elle fait des portraits photo très rapprochés. C’est une fan qui voudrait lécher la joue de chaque musicien. Donc moi ça me dégage de l’obligation de faire un dessin ressemblant. Je m’attache donc à la justesse des mouvements, à la bonne représentation de la façon dont quelqu’un veut représenter sa musique sur scène. C’est ça que j’aime dans le live : la manière qu’ont les gens de s’auto-représenter et de représenter leur travail.  

Une logique de spectacle pur, donc ?   

Oui, parce que si je vais dessiner un concert folk, ça pourra être très joli, mais ça sera sans intérêt. Parce que je ne vais pas bouger… Sauf à de rares exceptions. Comme quand j’ai dessiné Antony and the Johnsons. Il y a un truc qui s’est passé entre moi et, euh… Antony (rires) ! Tout d’un coup il a dégagé un truc, alors qu’il ne fout rien. Il a une tronche, un corps bizarre, mais il est arrivé un dépassement de ce corps que j’ai pu essayer de traduire en dessin.  

"Celui qui faire danser les filles saura, en feu le dancefloor mettra." (Tables de la Loi du DJ, verset 66)

Ce que vous dessinez, ce sont les impressions et les émotions liées à ces impressions, plus que du fantasme ?  

Oui, plus que du fantasme. Il faut que le concert s’écrive sur moi, pour que je puisse le dessiner.  

La réalité de l’énergie

Vous dessinez le passage de l’énergie live sur vous ?  

Oui. C’est cette énergie qui est super excitante quand on dessine. Moi je dessine en apnée. A chaque trait, je ne respire pas. Quand tu dessines dans un concert, tu es obligé d’arrêter de danser, à un moment donné. Et c’est génial. Tout d’un coup, tu ressens juste la musique. Et donc le dessin est un moyen de se remplir de l’énergie de l’autre. Et puis je ne suis pas un bon portraitiste, donc je vais vers la caricature. Du coup, j’assume de ne pas traduire la réalité, mais l’énergie. Comme l’énergie ça n’existe pas, la réalité de l’énergie se réinvente en permanence.  

En tant que dessinateur politique vous pouvez être très engagé. Mais côté musique, il n’y a pas d’engagement. Est-ce que c’est crédible, d’ailleurs, la musique engagée politiquement ? Avec le recul, on peut dire par exemple que les Clash et leurs agitations marxisantes, c’était petit-bourgeois et compagnie…  

Je parlerais plutôt des Dead Kennedys. Il y a une démarche politique précise, et une démarche artistique qui s’assume en dehors de la politique, qui relève plutôt de la manière de chanter du chanteur Jello Biafra. Il montre qu’il a du recul sur son propre discours. Et il y a une manière de jouer en live avec la politique qui est unique. Il se drape toujours dans le discours du salaud, pour le rendre ridicule. Quand Biafra chante, ce n’est pas lui qui chante. Biafra chante les comportements d’une crapule. Sur scène, c’est un grand théâtre… Dans « California Über Alles » (chanson mythique des Dead Kennedys de 1979, portant sur la politique du gouverneur de Californie de l’époque, Jerry Brown – NDA), il imitait Jerry Brown, puis Schwarzenegger. Et il va réimiter Jerry Brown.  

Pas besoin de mettre des paroles pour faire de la musique politique.  

Bref, ici, la politique, elle est déjà dans la manière de jouer la musique. Pas besoin de mettre des paroles pour faire de la musique politique. La musique politique, ça a du sens. C’est la musique qui n’est pas circonscrite. La musique circonscrite, c’est de la musique fasciste. Genre les derniers albums de Madonna. Elle est dans un genre dont elle ne sort pas. Elle a vocation à drainer les foules non pas pour transmettre quelque chose de la musique mais pour gagner de l’argent. Elle ne donne rien, elle ne partage pas, ne pose pas de questions.  

Jello Biafra, chanteur des Dead Kennedys, groupe légendaire du punk américain (ici dans ses jeunes années)

Donc la musique politique, c’est la musique qui questionne, même s’il n’y a pas de paroles qui appellent à la révolution ?  

Oui… J’ai un ressenti très particulier quand j’entends certains morceaux, par exemple le premier album de Superpitcher, qui continue de me questionner en permanence. C’est pour moi de la véritable musique politique, parce que ça libère, ça fait avancer sur autre chose. Physiquement, tu peux ressentir de la mélancolie, et donc tu te demandes, « qu’est-ce que ça veut dire de moi ? », et donc on peut trouver des réponses qu’on ne trouvera pas dans un discours politique, et qui feront avancer aussi. Je préfère la musique politique aux chansons politiques.  

Chercher les gens

Quel est votre regard sur le vieillissement de la culture rock, avec d’un côté Iggy inamovible et tout en muscles, et de l’autre côté la cohorte qui oscille entre épave et maquillage ? Est-ce que ça peut vieillir autrement qu’en étant un objet de musée ?  

En fait Iggy n’est pas un objet de musée. Je l’ai revu il y a quelques mois. Ses concerts sont d’une générosité incroyable. Il donne beaucoup et va chercher le public, le provoque. Il ne fout plus sa bite à l’air, cela dit. C’était une marque de fabrique. Mais s’il foutait encore sa bite à l’air, ça poserait un problème. C’est peut-être plus très joli à voir (Iggy est né en 1947, NDA). Bref, c’était un concert à Paléo, un gros festival suisse. Des gens étaient déçus, car ils venaient voir l’icône, et ils demandaient, « mais comment un type de son âge peut-il faire des choses pareilles ? ». Et là, Iggy était venu chercher les gens, un peu comme Saint Sébastien, tout le temps à montrer son torse, façon de dire aux gens « Réagissez, je suis peut-être votre idole, je suis peut-être un vieux con, mais réagissez, je veux que vous ayez une réaction autre que celle que vous avez d’habitude ».  

L'affiche d'une exposition dédiée à "Trois premiers morceaux sans flash", le livre de Stefmel et Luz mêlant photos de concert et dessins. Ici : Iggy, tout en peau.

Et tous les autres ? Ozzy (Ozzy Osbourne, NDA), par exemple.  

Ozzy, premier album génial, mais Ozzy on s’en fout (rires) ! Par contre, Suicide, c’est intéressant. Ils vieillissent bien.  

La mort la plus horrible, ça serait de tomber dans les tripes d’Alan Vega sans savoir comment en sortir.  

Déjà ils vieillissent, c’est bien.  

C’est un exploit… Musicalement, même le dernier album de Martin Rev (un des deux membres de Suicide – NDA), sur la mort de sa femme. Il a écrit une musique très symphonique… Le type propose un monde intérieur rare, alors même que c’est du pur rock’n roll. Ils ne se sont jamais demandé s’ils faisaient de la musique électronique. C’est beaucoup plus rock’n roll que les White Stripes. C’est une réinvention. L’album d’Alan Vega (le chanteur de Suicide – NDA) avec Marc Hurtado qui s’appelle « Sniper », c’est hyper bien, à part quelques poncifs. Ils te balancent dans les tréfonds. Vega t’embarque dans ses tripes. D’ailleurs, la mort la plus horrible, ça serait de tomber dans les tripes d’Alan Vega sans savoir comment en sortir. Mais ça serait l’expérience la plus géniale. Voilà, cet album est comme ça (rires). Eux, Suicide, vieillissent bien. Ils ont quelque chose à proposer tellement ils se mettent encore en danger. Le fait de mettre par terre devant les autres son intimité est éminemment politique. Le rock’n roll a été une forme de proposition. Qui, aujourd’hui, fait ce genre de proposition là ? Je ne sais pas si les White Stripes vont bien vieillir. D’ailleurs ils viennent de se séparer. Les Kills, peut-être. Mais c’est déjà vieux. En tous cas ça vieillira beaucoup mieux que les BB Brunes ! (Rires de fin). 

Crédit photo « Luz et sa compagne Stéphanie Meylan, photographe » : Renaud Monfourny 

Interview of The Massacre (Terrornoize Industry) : "We need a proper going recruitment of party people in our underground scene.”

Do you think that hardcore has been reduced to a huge distorted kick running along 5-minutes tracks ? Don’t be despaired… Hardcore, here described as the most powerful form of techno, is about energy spread in dark rooms, during underground meetings of underground people. Is this vision negative ? It’s just realistic. Remember the way this was first defined by artists like D.O.A, Delta 9 or Drokz. It’s possible to match an underground vision and a strong faith in this extreme form of art. That’s why a guy like Casa, founder of the swiss label Terrornoize Industry and known as The Massacre, builds nowadays a passionate path into music, driven by what you could call a lucid dream. If you want stadium success, then play mainstream stadium music, and understand that hardcore stays hardcore. Because hardcore will never die, anyway. And Casa is one of those who know why. 

Casa aka The Massacre, founder of Terrornoize Industry (Zürich, CH)

 

Casa, how did you become “The Massacre” ? What are the key points of your artistic path ? 

My idea came around 10 years ago. I was always fascinated about people behind the turntables. It’s immortal what they can do with the equipment and their hands ! Years ago I decided to start spinning vinyl too, bought step by step the equipment and create my own label. Another crappy Dj like me was born. When I got my first MK II I was the happiest guy on earth and didn’t leave my room for 48h. 

What music were you playing at that time ? You started mixing Terror and Speedcore ? 

I remember I went to a record shop in Zurich every week with my friend in the 90s. He was buying records. I spoke to the people and chilled there. One day I discovered acts like DOA, Nasenbluten, Laurent Hô etc. I thought: « Holy shit. What the fuck is that ? This sound is amazing ! A blast ! I have to buy this shit ! » You know, I especially like screams, vocals, guitar combined with fast bpms. This music was perfect and the doors to a new world were open. 

Very talented underground bands

You have strong metal influences. Can you tell more about what you like in metal ? 

Yeah, I am totally addicted to Deathmetal and Technical Brutal Death. I go 1-2 times a week to a metal show with my good friend Cut A Kaos. I like watch local underground or well established band. Sometimes you find very talented underground bands who even kick ass more than the main act. I love discovering new music. My favorite bands are Kataklysm, Fleshgod Apocalypse, Behemoth, Belphegor or Aborted. 

Don’t you feel that hardcore techno, apart of TNI, has lost its connection with metal ? Compared to the 90s where you could hear metal guitar in every track… 

Unfortunately, yes. The new generation just wanna hear a good powerful kick. That’s it. The hardcore scene has few producers like Tense, Bonehead, Nevermind or Drokz who still work with guitars. Makes me in a way sad to see how the music I prefer is slowly dying. But I fight with 2 guitars in my hands to the death ! 

The new generation just wanna hear a good powerful kick 

About this “powerful kick” syndrome, that’s true but it’s more than 5 years that hardcore in general (even mainstream) is all about kick. Do you think that terror sounds can be a source of inspiration for hardcore, so that it can evolve again, and then become something else than all-kick-music ? 

For sure. Each music style has his own mechanic, own structure. Music elements where you directly recognize what it is. Terror producers are obligated to work with more variations because of the velocity of the track or it sounds too monotone. With a well produced terror track you can easily make 2-3 Mainstyle tracks or 4 Tekkno tracks. These styles have less music elements. The science says that a « normal » brain can’t handle more than 4 elements in the same time. That’s why the mainstream music is so simple. Not because the producers are crap or don’t know what they do. Simple produced music for the business management or the cleaning lady next door = mass = money. A good kick is 50% of the track success. 

When the energy of music leads bodies to be sweaty...

As an artist, a label manager and a music fan, you listen to a lot of music coming from everywhere. Which will be the next trends for hard music in the years to come ? Will it evolve or will it remain all-kick-based like it is now? 

I think, and probably I say something now, what a lot of people think and they wouldn’t say it public. Our scene has the master method of killing each other. The future music will not change that much. Watch to Mainstyle or Frenchcore as example. All tracks have the 2-3 identical kicks. Everybody copies the few best established producers. This non-risk attitude of the producers combined with the mentality of the customers « I don’t wanna pay for music. I can free download everywhere ». The fatality, puerility and monotony itself. Death. 

We can’t reinvent music. We just made it sound different. 

Music history had all elements – restructured or remixed. We can’t reinvent music. We just made it sound different. Music becomes more and more boring. People don’t want to pay for it. What do people think where the money of our small scene earned ends ? In cars and villas ? Wake up, producers need new softwares, new equipments. But some of them aren’t better. They use a lot of cracked plugins too. Even the so called superstars. And is still horrible, that people are willing to pay for drugz and not 2 euros more for the entry. 

Could you think of playing live with one or two metal guitarists ? 

Would be awesome to play live with 2 guitarists once. I had different projects with 2 separate guitar players but we had to stop all the projects. The guys had too much to do with their own bands. I am still looking for new guitar players but it’s not easy to find somebody in Switzerland. Pure Metalheadz usually don’t give a fuck about electronic music. I did also few parties in the past where we had metal bands and DJ on the same show. Switching all the time music style. Was a success. But is also difficult to find (cheap) clubs who have metal shows experience and the required equipment. 

Russia is increasing 

You tour a lot worldwide. Where do people love your music most ? 

I played a couple of times in Russia and they go definitely the most insane there. Russia is a growing music market and the people don’t have much money for living. Music helps them a lot and helps them to a escape from their shitty real life for a few minutes. Russian government is still very restrictive with giving VISA to people who want to go outside Russia. So people don’t want to miss any shows and enjoy it the max. 

Hardcore/Terror/Speedcore is mainly a European scene, isn’t it ? In which countries/continents will it develop, according to your experience ? 

As I said, Russia is increasing. I know that North/South America, Australia or Asia have a small underground scene but they are also going down or being stable. Europe is still dominated by Holland. Holland, Holland, Holland. People believe in Holland and try to be a cheap copy of it. The problem (« problem » is probably the wrong word) is that the typical underground music freak has a low money budget. The crowd likes to be « underground »/ have a small party scene and hates all kind of commercial attitudes. The faster electronic music is too idiosyncratic for being able to spread worldwide. For some freakz, selling vinyls is even too commercial. Isn’t always easy to find the right « non commercial » balance. But hey, don’t we like the fucked-up alternative people, full tattooed or pierced women, small parties in dirty locations, a room full of smog and strobo ? ! That’s what we are. Nobody can take us! 

We need a proper going recruitment of party people in our underground scene. 

So does it mean that our scene has reached its top and now it will only decrease ? 

Every movement has his up and downs. It’s hard to define the highest or lowest level of the waves. To assure the future we need a proper going recruitment of party people in our underground scene. Honestly, the big dimensions of Terror/Speedcore in The Netherlands, a few years ago, was totally shit. It’s a logical thing that it crashed. Too many things went wrong there. Too much jealousy. Too much unprofessional. Too much racism. Too much hate against other music styles. Too much kids attitudes. Sure, Netherlands had many positive things also, no doubt ! But was a matter of time until the bobbles exploded. Like every trendy movement. Once a guy said, I like very much: 

« Hardcore is not Rockstar bullshit. Fuck that. Hardcore was never about being the best or making money. Is about friendship, honesty, committed and fucking looking and searching for justice in this fucked up world. » Simple said. Effective words. That’s it. 

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=U_iz8GxKbuQ[/youtube] 

Can you give a sight on the Swiss Hardcore/Terror scene ? 

The Swiss Terror scene is going down again. These days, when you have a party with 300 people, you can call it a big success. Older people don’t come anymore to parties and we are missing a new generation. That’s a disadvantage for underground local scenes. Soldier recruitment is difficult and limited. Our scene needs more new soldiers. I should sell my soul to Satan for a better future. 

The most powerful marketing method

Who is responsible with this situation ? Mainstream hardcore ? What solutions can be found ? 

I think all parties in our music movement contribute and are responsible to grow up a new generation in their own way. Producers create new music, distributors spread it, DJs play it to the audiences, promoters bring new DJs to new places. But the party crowd has the most powerful marketing method : word of mouth. Cross fingers that one new soldier has been recruited by a friend again today. 

What are your favorite 5 Hardcore/Terror/Speedcore tracks of all time ? There are so many to mention. The first tracks who go to my mind are : Noize Creator – « New York, New York » (Brutal Chud 3) / Sonic Overkill – « I’ll Be Watching You Die » (Speedcore Rec 1) / Micron – The Eye Of Hell (Perdition 3) / Drokz, Tails & Akira – « Old School Noise » (Cunt Rec 3) / Delta 9 – « Hardcore Chicago » (Drop Bass Network 10) 

What are your favorite 5 albums (of any musical genre) of all time ?  Same here. Here we go. There is not a track I don’t like on each album. Municipal Waste – « Hazardous Mutation » /All albums of System Of A Down / Cataract – « With Triumph Comes Loss » / The Speed Freak – « Cycore Megamix I » / Jovanotti – « Lorenzo 1992″

You still release many records with your label TNI. Do you feel being like the last vinyl soldier ? How do you manage releasing all these records, when many labels have difficulties ? 

I am happy to say « we still sale vinyls » these days. Underground Terror/Speedcore people are more dedicated to their music scene then the Mainstyle movement. Mostly are collectors, vinyl fetish and live and die for music. They aren’t fashion motivated and don’t change their attitudes each half year… TNI is very happy for all the support we get. The music freaks out there know that we do music for them and we only survive if they continue to believe in us. 

TNI is very happy for all the support we get. 

How do you work, as a label manager, to get this support from the fanbase ? What are your receipes ? 

Well, there are no magic tricks behind. People are looking for verity. They want identify themselves with the label. The music. The philosophy. Profound conviction. You know, when I play at parties I always meet some people who offers me a drink, wanna have a picture or just talk to you. People are curious who you are. I don’t forget, that I was one of the reasons why people came to the party and they deserve to get a minimum of attention for few minutes. I like an easy and honest interaction between musician and the party freak. Best receipt is probably when people can say afterward: « Oh, the TNI label boss has no diva attitude. Seems he is cool. Was fun and interesting talking to him… » I also try to be different with TNI. I hate being a cheap copy of 1000 other labels. 

You have a strong fanbase support, but what about other labels ? And the system in general ? What do you think of digital and its consequences on the whole party system ? 

I don’t know how other labels manage their fanbase. Everybody has his own method or philosophy to do it. For us it’s important to be different, build a brand, focus on electronic music with metal, to give newcomers or Swiss producer a chance also… and there is something important that people always forget : WE ARE NOT A SPEEDCORE LABEL ONLY. Check the releases from the beginning. 

We were goddamn happy for each CD or vinyl we bought. 

I don’t like the direction of digitalism where it goes. The new generation can’t distinguish music history anymore. Somebody has to tell them that. The internet users are able to (illegal) download 30 years of music history within 30 seconds. My generation had to go each Saturday to vinyl shop and spend hours for finding a good track, searching like an archaeologist. We were goddamn happy for each CD or vinyl we bought. We were listening to it everyday. For months. We couldn’t get enough. Was like a drug. The new kids don’t have the same relationship to music anymore. We live in a consumption society where music became consumption. Nothing more. The message, the feeling, the targets, the appreciation or the gratitude to a musician, the cult of a track – everything has nearly disappeared. We were able to move mountains just seeing a musician we loved. The new generation doesn’t go so often to parties because they get over-killed by Ipod or internet music also. Why the fuck they have to go to a party, they have the complete digital discography already… Sure there are still some soldiers holding our music flags, but the mass act different. Unfortunately. 

Always the same headliners

So is it completely hopeless to bring back interest for artists (whether they are producers and/or DJs) ? Is our music a music for old people ? 

There are so many reasons why (young) people don’t come anymore to parties. Music overkill, less money, young age of the crowd, drug problems, changing their music style, bad infrastructures of the club, too far away for travel around etc… In my opinion I hate the new club mentality allowing the entry from 16 years on. I am 32 years old, and spending a night with kids ? Come on, I could be their father ! No way. It’s a kind of obstacle for me going more often to parties. Another reason is also that the clubs have always the same line ups. Nobody risk anything new. You have always the same headliners. Unfortunately the party people have so many choices to take every weekend and they don’t go to parties where they don’t know the act. Is kind of schizophrenic. I don’t know the musician so he is automatically bad. People forgot that art, music and culture is a local thing. We should support more the new generations, the neighborhood, the unknown musicians. Show bring also new music to your neighborhood. International acts are automatically better. There is too much focus on main stream. Even in Speedcore. That suxx. 

As you can see with the t-shirt, metal is never very far from The Massacre.

What can you announce for the months to come about TNI’s news ? About the releases and the parties ? 

On 2011 on TNI will be part of a new independent MP3 download service. Details will follow. We will not stop to press records on 2011, for sure ! We have some vinyl projects in the pipeline with the DJ Producer, 2 more complete EPs from Passenger Of Shit and myself. A new TNI double CD mixed by The Speed Freak and Akira. In January I also start a new mastering company where DJ Hidden, DJ Tense and The Speed Freak are involved. We do mastering with reasonable prices and services for each kind of electronic music. 

Old Gabba

Where is the difference between Hardcore and Terror and Speedcore ? Is it only a question of speed ? 

Let’s make it easy and simple, because inside the Hardcore/Terror/Speedcore music style there are also a lot of substyles. Hardcore is more slower, very melodic and cheesy. For me Terror is still the same like old Gabba (don’t know why they changed the name. Probably comes from NL). It’s uptempo, more vocal intensive and usually with guitars. Speedcore is everything above 280 bpm. Extratone, Splitter and all this strange words don’t exist for me. I hate to create a new soundstyle name for each single track on this planet. 

The Massacre plays very hard music but he's also loveable as a teddybear.

You are a big tattoo fan. What kind of style do you like and what kind of style do you have on your body ? Will you cover all your skin finally ? 

I am totally addicted to a tattooist from Geneva, Switzerland. I love his work. He is wicked. He works safe, hygienic and professional. I will trust my tattoo guy like I trust a doctor. It’s very personal and very important for me to have a friendship beside the business. My complete left arm is biomechanic. The complete right arm is organic. I like the mix. 2011 I will start to tattoo both legs. There is a crazy guy from Germany. This dude is sick and even better than the one from Geneva ! Let’s see what happen when my legs are finished. I am so addicted to the pain, the design – it’s crazy ! I can’t stop anymore. Between 4 eyes, my friend : non tattooed girls are fucking ugly ! 

Non tattooed girls are fucking ugly ! 

Horror movies have strong influence on Hardcore/Terror/Speedcore. According to you, what are the 3 main movies who had the stronger influence, and why ? 

Oh la la (laughing) ! Spontaneously I don’t know. Probably « Halloween », « Nightmare on Elm Street » or « Hellraiser ». But I could be wrong. There are so many movies I could mention. Fact is, that the producers of our scene are interested in horror movies. Extreme music taste, extreme movie taste. Is not so difficult to realize. Goes hand in hand. They copied samples or melodies of the movies and inserted in their tracks. 

What is the craziest scene you saw when playing in a party ? About the behavior of people ? 

Well, as I am a splatter and gore fan, it’s not that easy to shock me. It’s hard to answer your question. Hmmmm… probably the one night I did a party in Zurich. There was this drunken guy, so fucked up. He opened his pants and started to piss on the dancefloor. He didn’t realized he wasn’t in the toilet. He got beaten up by ladies too. Next day he wrote me an email with his apologizes. Case was resolved. Shit happens. 

Small and decent

Are you nostalgic of the good old days ? 

Everybody is nostalgic to old days in a way. I have good memories too. Fantastic moments who were perfect or important experiences who changed your life. But past is past and everybody should look forward. Laments are for the weak. I make my own happiness.

Are you optimistic for the future of our scene ?

Yes, I am. Our scene was too big, too unprofessional. It’s decreasing and all the bullshit is finally disappearing – people, labels, promoters, producers or party freakz. I am happy about that. Nobody will regret them. Underground scene has to be small and decent. Fine, parties for 10’000 have an atomic sound system and a magical light shows. I don’t give a fuck. 1000 of people in a close room makes me nervous anyway.

Culture club, communication et nouvel esprit du capitalisme (un article d’Alexandre Daneau)

Pour la première fois, Culture DJ prête ses colonnes, le temps d’un article, à un rédacteur invité. Ici : Alexandre Daneau, doctorant à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), sociologue qui depuis quelques mois décrypte les us et coutumes de la nuit parisienne. Si des lecteurs se montrent intéressés pour des entretiens, ils peuvent prendre contact (Contact : alexandre.daneau[at]hotmail.fr). En piste ! 

L'auteur, entre action et réflexion, dans une posture rappelant les existentialistes.

 Note à l’attention du lecteur.  Ce très court texte n’a pas la pureté  sociologique d’un papier destiné à une revue. La démonstration argumentative est ici réduite à sa plus simple expression. Il ne vise pas à non plus à critiquer « la marchandisation » de la sous-culture techno. Cette notion n’a strictement aucun sens d’ailleurs. Il pose seulement quelques hypothèses de recherche sous une forme littéraire. Celui qui l’écrit porte des Nike, observe des soirées et cherche à interroger ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont fait vivre et continuent à faire vivre la sous-culture techno au sein du monde social. 

La sociologie de la culture s’est beaucoup intéressée à la question de l’imbrication entre les sous-cultures et les industries culturelles. Au lieu de les opposer, de nombreux travaux ont bien mis en lumière les dynamiques de récupération, de déplacements et de reconfiguration qui existent entre elles. Bizarrement, cette tradition de recherches a délaissé la question des procédures de singularisation qui visent à associer des produits de grande consommation à un univers sous-culturel. 

La sous-culture techno

Précision sur les termes.  Nous parlons de sous-culture en reprenant, avec quelques modifications, le sens que le courant de recherches des Cultural Studies a donné à ce concept: une sous-culture  est un système de signes, de valeurs, de représentations et d’attitudes propre à une fraction d’individus socialement située. L’intensité de l’adhésion à une sous-culture peut varier selon l’âge, la position sociale, le statut matrimonial ou encore la situation professionnelle.  

Les sous-cultures ne sont pas moins cultivées que la culture scolairement enseignée (littérature, arts plastiques, musiques savantes…). Comme elle, la sous-culture techno, la sous-culture hip-hop ou la sous-culture rock supposent des compétences de déchiffrement adéquates, se décomposent en sous-genres particuliers, restent traversées de conflits sur la définition légitime de leur contenu et imposent un rapport au monde spécifique. Néanmoins, parce que leur diffusion n’emprunte pas les instances officielles et légitimes de socialisation culturelle (i.e. école, famille et politique culturelle publique), la reconnaissance de leur valeur symbolique est limitée à des communautés socialement situées.  

Un des usages de la nuit : en être, pour la vivre autant que pour revendiquer d'en faire partie

En puisant dans des codes, des répertoires d’action et des textures d’ambiances propres à une sous-culture donnée, la publicité accomplit une singularisation des produits qui les positionne dans un espace culturel. Opération de magie sociale qui ne va pas sans l’évacuation de certaines dimensions. Quand les rues de Paris se transforment en dancefloor, ce sont les lascars qui restent hors-champ. Un simple reflet de la réalité ? 

Jeunes en photos

De quoi s’agit-il ? Une expo ? Non. Un blog dédié à la techno ? Non plus. Une campagne de publicité bien sûr. 

Une image d’abord. Un assemblage de photos. C’est la nuit, trois jeunes gens, une femme et deux hommes. Ils courent, sourient benoîtement, envoient des sms, déambulent dans Paris, cherchent le quartier République, finissent leur kebab. Ils portent des tenues de sport aux couleurs criardes (bleu, rose fluo, vert fluo). Ils sont beaux. On comprend que l’aube ne va pas tarder à percer, c’est la fin de soirée. Les photographies semblent avoir été prises sur le vif, sans aucune préparation et sans poses. Elles montrent des scènes ordinaires de la vie nocturne, identiques à celles que la jeunesse  prend avec son Iphone et poste ensuite sur sa page Facebook pour immortaliser le dernier samedi soir. Ses lieux d’abord: les couloirs dévorés à toute allure pour « choper » le dernier métro; ses postures ensuite: la capuche enfilée pour déambuler sereinement dans les rues, le visage creusé par la fatigue et l’alcool; ses moments enfin: l’épicerie pour se ravitailler, le kebab en fin de soirée. Sur sa main, un jeune homme a inscrit: « Lâche ton run ». 

Si footing au bois, la forme tu auras.

Vous découvrez une campagne d’affichage que Nike a lancée au début de l’automne 2010. Elle est accompagnée d’une série de vidéos visibles sur internet. La lumière stroboscopique que traversent ces coureurs dans leur parcours et le morceau « french touch 2.0 » (dixit un pote) qui les accompagne dans leur déambulation nocturne reproduisent le dispositif du dance-floor. Le temps de cette vidéo, Paris se métamorphose en club géant. Vous en rêviez, Nike l’a fait. 

La culture techno comme sous-culture dominante : « On n’a pas d’avenir mais qu’est-ce qu’on se marre. » (un statut Facebook) 

Derrière l’objectif de promouvoir la course à pied comme une activité « cool », « fun » et « complètement délire » dans le cadre d’une stratégie de communication cross-média, cette campagne ratifie le triomphe de la sous-culture techno dans sa contribution à la construction d’un imaginaire commun. Pourquoi s’intègre-t-elle si bien dans l’air du temps?  Comment est-elle devenue un horizon culturel partagé et partageable? Trois réseaux de facteurs expliquent selon nous la réhabilitation symbolique et politique (cf. Les Etats Généraux de la Nuit) que connait actuellement cette sous-culture.   

Le nouvel esprit du capitalisme

Il faut souligner d’abord que la codification morale proposée par la sous-culture techno (individualisme communautaire et éloge de la singularité), l’attitude qu’elle impose (relâchement du corps et disponibilité émotionnelle), ainsi que les formes de sociabilité qu’elle construit (horizontalité des rapports éphémères, fonctionnement en réseau élargi, négation du social, évacuation des rapports de genre et des rapports de force), s’accordent tout à fait avec le « nouvel esprit du capitalisme ».  

L'impératif du Fun en Tout a fait de la coolitude le nouvel accessoire de la bourgeoisie

Ensuite, cette légitimation est le résultat d’un processus de vieillissement sous-culturel conduisant les acteurs qui ont fait vivre cette sous-culture à s’insérer professionnellement dans les métiers de la communication (au sens large). Toutes ces « professions du flou » (communication, marketing, design, journalisme, conseil en tendance…), qui favorisent la valorisation d’un « capital sous-culturel » constitué de compétences non-scolairement sanctionnées (e.g. la capacité d’imagination, de mobiliser des émotions ou de construire un réseau…) effectuent un travail de représentation symbolique et de construction des imaginaires.  

Victoire de la sous-culture techno

Enfin, la victoire de la sous-culture techno tient aussi à la composition sociale, hybride mais exclusive, de son public. D’un côté, comme la sous-culture rock, elle recrute une fraction toujours plus grande de son auditoire parmi la jeunesse petite-bourgeoise dont le désenchantement social conduit ses membres à prendre au sérieux la fête à défaut de pouvoir prendre au sérieux la vie. L’allongement de la scolarité, la difficulté à s’insérer sur le marché du travail, l’éclatement de la relation d’emploi typique (CDI) et le sentiment de déclassement qui en résulte désorganisent le processus modal de vieillissement social (boulot, femme, enfants, sortie le weekend) et favorisent la prolongation de cet état d’apesanteur social que représente la vie étudiante. Ces jeunes que nous montre la campagne publicitaire courant sans fin (au double sens du terme) est une métaphore pertinente de ce que vit une partie de la jeunesse déclassée. Pas de point de départ, pas de point d’arrivée, pas d’objectif, alors courons. Oublier temporairement l’extension du domaine de la lutte et chercher à étendre le domaine de la nuit.  

Le public des clubs, a fort pouvoir d’achat

D’un autre côté, le public des clubs se recrutent parmi les « professions de la créativité » (design, architecture, doctorant en sociologie…) à fort pouvoir d’achat (sauf le doctorant en sociologie). Formant autrefois la clientèle ponctuelle des free-parties (les « touristes »), ils ont réussi leur scolarité (bac+4, bac+5) et se sont insérés normalement dans des professions bien établies, économiquement rémunératrices et socialement valorisées. Pour eux, la sortie au club ne relève pas (ou plus) d’une adhésion sous-culturelle. Elle est intégrée à un répertoire de pratiques culturelles, au même titre que la lecture du dernier Houellebecq ou la visite mensuelle à Beaubourg.  Associer le jogging à l’univers du clubbing dans le cadre d’une campagne publicitaire est une manière de mettre en scène les pratiques de « loisir » de ce groupe social.  

L'universalité de la nuit... Mythe ? Utopie ? Ou nouveau modèle économique ?

« Vous avez dit populaire ? » (Pierre Bourdieu) 

En transformant l’espace parisien en dancefloor gratuit, libre et accessible à tous, cette campagne publicitaire construit une utopie sociale. Ici, tout le monde est le bienvenu. A condition de porter du Nike, Paris vous appartient, comme la nuit et la fête. Un communisme festif en somme: pas de lutte de tous contre tous pour l’appropriation des corps, pour l’accroissement de la visibilité et pour la captation des attentions. Autrement dit, l’ordre de la représentation publicitaire abolit les rapports de force symboliques et la division sociale du travail festif.  

Les membres des classes populaires restent à l’entrée des clubs 

Dans ce monde, le processus de délégation du « sale boulot »  aux membres des classes populaires n’existe pas non plus : pas de balèzes assurant le contrôle social à l’entrée, pas de lascars assumant la commercialisation des produits devant l’entrée et pas de membres de la Police nationale venus les contrôler tout près de l’entrée. Car c’est ainsi : dans la « vraie » vie, celle, beaucoup plus violente, qui se joue en-dehors de la représentation, les membres des classes populaires restent à l’entrée des clubs.   

Soudain, devant cette photo, une autre hypothèse de lecture, plus subversive et plus réjouissante finalement: cette publicité ne nous montrerait-elle pas un groupe de clubbers poursuivi par des lascars venus les dépouiller de leur Nike

Alexandre Daneau (Contact : alexandre.daneau[at]hotmail.fr) 

Photos : c-reel, Grégory Bastien

« Ô jeune, il n’y a plus de places pour toi ici ; 

Le monde a vieilli, le monde a failli.  

Ak47 dans la bouche, entailles sous la douche; 

Somnifères dans un lit, cocaïne en boite de nuit.  

Il faut partir ; c’est la vie. » 

(P’tit Bâtard) 

"King of Klub" de Luz : la BD qui abat en vol les baudruches du marketing festif français

Figure adulée au statut incertain et semi-divin, le DJ-star est d’autant plus remarquable que 90% de ses fans ne savent pas bien ce qu’il fait quand il n’a pas les bras levés.« King of Klub » propose une vision corrosive et fantasque des aventures de David et Cathy Guetta, dans un futur hypothétique et aussi peu utopique qu’aujourd’hui.

 « King of Klub » est un recueil d’histoires de deux pages publiées originellement par Tsugi, « Le magazine défricheur de musiques », éditées en album par Charlie Hebdo (Editions les Echappés). Son auteur, Luz, pilier de Charlie Hebdo, se distingue aussi par une pratique passionnée du DJing. Composé de scènes de fictions inspirées par le spectacle des dieux vivants de la night, « King of Klub » distribue par giclées acerbes quelques clés de compréhension de cet entertainment au ventre mou vendu en licence à qui paye. La description de ce mercenariat mercantile n’empêchant pas la tournure délirante d’historiettes posées en miroirs fendards des affiches 4×3 représentant David et son dernier casque Sennheiser.

La couverture de "King of Klub", représentant David Guetta et son chien La-Coke aux prises avec un manager chagriné.

 « King of Klub » est un regard cynique, acerbe mais pas amer sur le monde de la night. Cette nouvelle aristocratie aux contours flous, au sourire figé et aux ressorts culturels incertains… Mais qui fascine, grâce à la légende de sa rentabilité foisonnante illustrée par la réussite d’un couple d’entrepreneurs : David et Cathy.

« La-Coke, c’est le nom de notre cocker. Un cadeau d’Yvan Smagghe » (David Guetta dans « King of Klub »)

Au départ de l’histoire, l’échappée du couple-star fuyant Ibiza engloutie par les eaux et qui trouve refuge en 2097 dans le « King of Klub », la plus grande boîte de nuit de tout le cosmos. 500 clubs d’une capacité de 200 à 30000 personnes. Jean Jojoba, concepteur et directeur du club orbital, va vouloir relancer la carrière de David… Mais tout va déraper. Au long de récits fantaisistes mais criants de vérité, on croise les éminentes figures de Bob Sinclar, Martin Solveig, Justice, Pascal Nègre, Elton John, Vincent Delerm et tant d’autres. Luz tabasse, avoine, mouline, bref, rien ne résiste à l’acuité de sa vision, soutenue par un humour dévastateur dont l’absence de compromis révèle mieux ceux des personnages dont il se moque.

Intéresser les masses

Car « King of Klub » met le roi à nu. Cet entertainment benêt qui a si bien su prospérer en traduisant en consumérisme béat les restes encore tièdes des utopies techno des années 90, dont le cadavre a été troussé jusqu’au bout, à défaut de l’être bien. Luz manie des références très codées dont certaines seront accessibles aux seuls spécialistes. Mais son tour de force réside dans son talent à intéresser un public plus large en saccageant joyeusement les traits les plus écoeurants d’une culture grossièrement exploitée. Culture sensée intéresser les masses grâce à un marketing poussif aux gros lasers, basé sur quelques figures artistiques jamais mieux habillées, sur scène, qu’en t-shirts promo.

« On avait dit que cette fois, c’était toi qui appuyais sur la touche Play ! » (Un des deux Justice s’adressant à l’autre dans une scène de live de « King of Klub »)

Le constat illustré par Luz amène à comprendre l’absence croissante de rapport entre les errances industrielles de quelques DJ-hommes sandwich et la réalité de la culture club. Oh, il serait loisible d’arguer que le marketing festif protéiforme est le moyen d’évangéliser les sonorités électroniques auprès des oreilles les plus réfractaires. Grâce à la vente en synchronisation des tubes electro pour illustrer des publicités télé… Et il pourrait être avancé que la techno en tant que système alternatif était propice à cela puisqu’ayant proposé des nouveaux modèles marketing plutôt qu’idéologiques. La pose politique petit-bourgeois basée sur un fantasme de révolution jamais arrivée restant l’apanage de quinquas rock en santiags.

La première page de "King of Klub"

Il est donc possible de présenter cette exploitation du chamallow festif comme signe du succès d’une  techno ayant contourné les freins de l’industrie dans les années 90. Et de reconnaître le rôle pédagogique de cette scène électronique mainstream béate, ravie de fédérer les masses en portant haut les valeurs d’insouciance, d’hédonisme et de dissolution des différences dans un grand bain de sueur-qui-sent-bon sur le dancefloor. Yeah man, tous brothers and sisters dans le sound.

« The music business is a cruel and shallow money trench, a long plastic hallway where thieves and pimps run free, and good men die like dogs. There’s also a negative side. » (Hunter S. Thompson)

Sauf que l’opportunisme pur et court-termiste a vérolé, à long terme, l’efficacité de ce système marketing sensé séduire les jeunes porte-monnaie.

Le nerf festif de la techno et son absence de ressort politique (sauf du côté d’Underground Resistance et de quelques opportunistes instrumentalisant la free party) ont permi que germassent les expressions les plus extrêmes de cette vision décérébrée. L’institutionnalisation culturelle des valeurs techno a été vécue comme un blanc-seing pour des managers ravis de ne pas avoir à se colleter les ronchons rebelles du rock. Un marketing de la demande eût pu organiser les relations entre artistes et industrie sur la base d’une meilleure compréhension des publics. Mais, cela fait 15 ans qu’un marketing de l’offre abêtissant a investi d’une érection demi-molle l’espace vacant favorisé par l’atomisation des réseaux techno. L’excès de confiance a fait le reste, notamment en faisant croire à la possibilité d’un marketing festif de masse… Sauf qu’en 2011, les pitres sont flétris à force d’avoir gardé à tous prix le même sourire de commande.

Et que, malgré tout, les codes de la fête ne peuvent se confondre avec ceux de l’apartheid socio-culturel : tu danses si tu te soumets ? No way.

Fantasmes mollissant & pitreries sponsorisées

Comment cette mise en scène primaire des valeurs techno a-t-elle pu se prolonger au point d’avoir une telle consistance économique ? Comment ce qui est à la base de tout, la fièvre sur le dancefloor, suscitée par une rencontre magnifique parce qu’éphémère entre artiste et public, comment cela a-t-il pu être perdu de vue à ce point ?

Justice écrit des morceaux qui prennent toute leur dimension dans leur version "Unplugged"... Justice, où le live aux machines débranchées. Merci le CD qui tourne pendant que nos amis font semblant.

 « King of Klub » est une corrosive invitation à la reconsidération de l’organigramme festif français. Et désigne en creux le manque de liant de la culture club nationale. En 2011, celle-ci est basée sur l’absence de mémoire collective, des fantasmes mollissants et un présent très electropop. Et, derrière les pitreries sponsorisées, est pointée la responsabilité de la scène envers elle-même. France Techno, qu’as-tu fait de ton histoire ?

Le New Clubbing, par son universalisme pan-européen, a fourni depuis quelques années une réponse à un public peu avide de pitreries marketing trop répétitivement pauvres.

« King of Klub », décapant, réjouissant, réconfortant.

Crédit photo « Kalashnikov » : Reveunim